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vendredi 9 octobre 2020

Faut-il interdire l'école à cause des dérives de quelques enseignants?

Cet article, j'ai attendu quelques jours avant de l'écrire. 

Lorsque le ciel nous est tombé sur la tête vendredi dernier, nous avons tous été très choqués. En quelques mots, lâchés avec la délicatesse d'un tractopelle, tout notre quotidien est devenu incertain. Les libertés sur lesquelles nous avons bâti nos modèles de vie vont probablement nous être arrachées. Pire encore: sans avoir jamais rien commis de répréhensible... nous voici assimilés à de dangereux extrêmistes qu'il faudrait empêcher de nuire. Alors j'ai attendu quelques jours de redescendre en pression...


Faut-il interdire l'école à cause des dérives de quelques enseignants? 

Bien sûr que non ! Cela semble évident n'est-ce-pas? 

Pourtant, je découvre avec stupeur que lorsqu'il s'agit d'interdire l'instruction en famille pour tous à cause des dérives supposées de quelques uns... la majorité acquiesce. 

Déjà, de quelles dérives parlons-nous? Car l'instruction en famille... n'a absolument pas fait parler d'elle ces dernières années. Aucune histoire glauque concernant une famille de homeschoolers n'a fait les gros titres. Aucun terroriste ne sort de l'école à la maison: absolument tous ont été formés à l'école de la république. Alors quel drame, quelle dérive justifie qu'on nous ôte le droit fondamental de choisir le type d'éducation donnée à nos enfants, un droit garanti par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen mais aussi par la constitution ? Le gouvernement ne donne aucun chiffre, et affirme simplement, en brossant de larmoyants clichés d'enfants djihadistes fanatisés dans des caves, que nous serions une population de séparatistes radicalisés. 


Une communauté ouverte et tolérante 

Ceux qui nous connaissent savent à quel point cette affirmation est grotesque. Ce qu'il faut savoir, c'est que la population "non sco" est incroyablement éclectique. Quand mon aîné était scolarisé, nous ne fréquentions que des familles du même milieu social que le nôtre. Avec l'école à la maison, nous nous sommes faits des amis de différentes religions, professions, bords politiques, milieux sociaux, ... Nous avons sympathisé avec des familles de viticulteurs provençaux, des israëliens dans le showbiz, des familles d'artistes nomades, des cathos tradis, des païens permaculteurs, des geeks, des navigateurs, des gilets jaunes mélenchonistes, des bobos de toutes les couleurs, et même... plein de familles d'enseignants ! J'ai découvert des familles qui comptaient chaque centime, et d'autres qui partaient fêter Noël en Laponie. Des gens qui étudient à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et d'autres qui ont une cloche et un tableau noir dans le salon. Alors forcément, on partage, on rit et parfois on se chamaille sur des détails, mais tout ce petit monde a une chose essentielle en commun: le souci de permettre à chaque enfant de progresser et de s'épanouir dans ce qu'il aime. C'est cette passion des apprentissages en famille qui nous unit, très loin des clichés dans lesquels on aimerait bien nous enfermer. 

Et oui... ironie du sort, c'est à la communauté la plus hétérogène et la plus ouverte d'esprit de France que l'on reproche d'être séparatiste !


Les écoles clandestines 

Le gouvernement pointe du doigt les écoles clandestines. Mais ces écoles... sont déjà clandestines. Elles sont illégales. Les lois actuellement en vigueur permettent déjà de dissoudre ces "écoles", de poursuivre en justice leurs créateurs et de scolariser les enfants qui les fréquentent. Pourquoi cela n'est-il pas fait? 

L'instruction en famille n'a aucun lien, de près ou de loin, avec ces "écoles". Nous déclarons chaque année que nos enfants font l'école à la maison. Suite à ces déclarations nous sommes soumis à des contrôles qui vérifient que nos enfants sont instruits et épanouis. Chaque année nous recevons les services de l'éducation nationale à notre domicile, pour une inspection de chaque enfant individuellement. Nous recevons également les services de la mairie, qui vérifient que les enfants sont heureux et qu'ils ne manquent de rien. 

Si les dérives décrites existent réellement, elles ne sont que la preuve de la négligence des services censés appliquer la loi. 


Alors en attendant que la France retrouve la raison et le sens de sa devise, je vous invite à signer cette pétition, portée par les principaux acteurs du homeschooling français. 

Courage à nous tous: la liberté finira, tôt ou tard, par triompher 



jeudi 16 mars 2017

Elections: les différents candidats et le homeschooling

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MISE A JOUR: 
On en sait un peu plus depuis quelques jours sur les programmes des différents candidats. Le tableau réunit donc enfin tous les candidats à la présidentielle. L'article a fait couler beaucoup d'encre (enfin... il a un peu usé vos claviers). J'ai tenté d'être la plus objective possible, en laissant chacun se faire sa propre opinion. Oui, je suis au courant qu'on élit pas un candidat juste sur son programme concernant le homeschooling, et je ne doute pas un seul instant que vous êtes tous capables de prendre le recul nécessaire. Il n'empêche, connaître nos alliés et nos opposants sur ce sujet nous permettra d'être préparés.

Concernant les sources vous pouvez vérifier absolument toutes les citations: elles sont tirées des programmes, des communications officielles, et du fil tweeter des différents candidats. Si vous avez un doute, google is your friend!

Enfin, Monsieur Mélenchon s'est exprimé plus précisément: il ne compte pas revenir sur la liberté scolaire... tant qu'elle demeure un choix très minoritaire. Et par scolarité obligatoire de 3 à 18 ans il entend "instruction obligatoire de 3 à 18 ans".
***


Voici un petit tableau des principaux candidats à l'élection présidentielle, triés par intentions de vote à l'instant où j'écris cet article, et plus bas des plus "petits" candidats. 

Je n'ai retenu que ce qui concerne de près ou de loin le homeschooling et les écoles libres, en me bornant aux faits, de la façon le plus objective possible.

Traditionnellement la France comptait seulement deux partis favorables aux écoles libres et à l'instruction en famille:
-le FN, qui assez logiquement continue sur sa lancée,
-et Europe Ecologie les Verts, qui a lutté sans relâche ces dernières années contre les différents projets d'interdiction de l'école à la maison. Malheureusement ce parti sera absent des élections, ayant scellé une alliance avec Benoît Hamon, du front de gauche.

Nous avons désormais le soutien de deux nouveaux candidats, youhou: welcome Jean Lassalle et François Asselineau!

J'espère pouvoir, dans les prochaines semaines, compléter les cases Emmanuel Macron, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud, qui ne se sont à ma connaissance jamais exprimés sur le sujet qui nous intéresse.

Mais nous nous sommes plusieurs familles et associations à avoir écrit à tous les candidats, afin d'en savoir plus sur leurs intentions à l'égard du homeschooling. Vous serez les premiers informés quand nous aurons reçu la réponse!


jeudi 27 octobre 2016

Homeschooling: réinventer les études


Comme beaucoup d'entre vous je viens de finir la lecture du best seller de Céline Alvarez

Et je dois reconnaître que ce qu'elle a fait à Gennevilliers est absolument admirable. Pour des enfants issus d'un milieu défavorisé, qui à 3/4 ans traînaient déjà leurs propres casseroles, Montessori était clairement le meilleur choix possible. J'ai beau ne pas être pour les apprentissages trop précoces, et estimer que l'école maternelle "gnan-gnan" fait souvent plus de mal que de bien... pour ces enfants là on n'aurait pu rêver mieux. Elle a su les cadrer, développer leur vocabulaire et leur apprendre à lire (ce qui a son importance quand personne à la maison ne fait la lecture aux enfants). 

Bien sûr tout n'était pas parfait. Elle reconnaît d'ailleurs bien volontiers qu'il aurait fallu faire sortir beaucoup plus souvent les enfants dehors dans la nature, ce qui lui était techniquement inaccessible. Mais elle a su prouver qu'avec de bonnes méthodes et de la bienveillance on peut faire des merveilles... même en zone d'éducation prioritaire. Il fallait le faire!

Alors admirative comme je l'étais j'ai longtemps cherché quelque chose qui soit transposable chez nous, dans notre petite instruction en famille.

Et... je n'en ai pas trouvé une seule.

Absolument tout est pensé pour un groupe d'enfants, pour un fonctionnement scolaire. A aucun moment je ne me suis vue récupérer quelque chose pour chez nous.

-Transvaser de l'eau? Il suffit de les laisser se servir à boire quand ils ont soif.
-Jouer avec des clochettes? Le piano c'est autrement plus riche.
-Apprendre à faire ses lacets et à boutonner sur un cadre? Il se trouve justement qu'ils portent sur eux des souliers et des vêtements pourvus de fermetures en tout genre...
-Nettoyer les feuilles des plantes vertes? C'est un bon substitut de nature dans une classe, mais à la maison un bac pour faire pousser des légumes c'est quand même plus complet.
-Plier du tissu? Ils le font déjà tous les jours en pliant leurs vêtements.
-Scotcher des dizaines d'étiquettes partout pour prouver qu'on a compris ce qu'on vient de lire? Génial pour dégager du temps pour l'enseignant mais la vérification de la compréhension se fait déjà naturellement quand on apprend à lire sur les genoux de ses parents.
-...

Bref: les nombreuses activités proposées sont très marrantes et efficaces dans une classe, et j'imagine qu'elles sont fabuleuses pour combler un déficit de vie familiale normale... mais sont-elles vraiment utiles ou même cohérentes à la maison avec des parents impliqués, instruits et francophones? 

A contrario je n'ai absolument rien trouvé dans le livre sur l'éveil culturel des enfants. Rien sur les lectures si ce n'est quelques albums ludiques, rien sur d'éventuelles sorties à la ferme, autour d'un monument, à la piscine ou au musée, rien non plus sur le sport ou sur le temps passé à l'extérieur... autant d'aspect fondamentaux en école à la maison.

Au final j'ai été rassurée quand elle a abordé la question de l'application de ses principes à l'école à la maison. Pour l'avoir vue mise en pratique dans des familles elle est on ne peut plus claire: elle n'est pas contre le homeschooling mais la pédagogie Montessori est conçue POUR une salle de classe. Elle ne prend que grâce à une dynamique de groupe, grâce aux interactions permanentes de nombreux enfants d'âges différents. Piocher dans le matériel, pourquoi pas! Les lettres rugueuses par exemple sont intéressantes (même si elles ne sont pas vraiment "Montessori"). Mais faire du Montessori pur à la maison, c'est exactement comme jouer tous les jours au basket tout seul, sans équipe: il manque l'essentiel! On ne peut tout simplement pas faire fonctionner de la même manière une école et une fratrie. 

Alors à la maison... on fait quoi? 

Les américains distinguent généralement cinq styles de homeschooling. Cinq grandes tendances qui ont fait leurs preuves en instruction en famille. J'ai mes préférences, comme tout le monde, mais j'estime que toutes ces méthodes ont leur rôle à jouer selon les affinités, l'âge, l'enfant ou même le contexte:

-Unschooling (à ne pas confondre avec "informel"). Aucun programme d'étude n'est défini à l'avance, l'adulte ne fixe aucun objectif de connaissances à acquérir à telle date. L'enfant choisit ce qu'il étudie selon ses centres d'intérêt du moment. Cela peut se faire en informel uniquement (en comptant sur le bain culturel) ou -si l'enfant en fait la demande- de manière plus rigoureuse (avec livres et cahiers). Pour en savoir plus: lire John Holt, André Stern, Ivan Illich !

-Classique. Ce sont les vieilles méthodes d'antan, celles qui ont fait leurs preuves. Lecture syllabique, calcul au boulier, analyse grammaticale et logique, dictées, étude des grands auteurs, Histoire de France dès les petites classes...
Pour en savoir plus: direction les cours par correspondance Sainte Anne, Hattemer, Cefop, Sacré-coeur, Kerlann (attention, cours ponctué de très nombreuses coquilles)... Ou encore la caverne d'Ali-Baba "manuels anciens". 

-Traditionnel: ou l'école contemporaine transposée à la maison. L'enfant suit la progression de ses manuels scolaires Hatier/Belin/Nathan/... et valide, compétence après compétence, les programmes de l'éducation nationale. Le fonctionnement est basé sur des interros/QCM/polycopiés. La lecture est apprise avec la méthode mixte.
Pour en savoir plus: c'est sur le site du ministère de l'éducation que ça se passe. Côté cours par correspondance le CNED ou encore Pi sont tout indiqués. 


-Charlotte Mason, ma préférée! Plus qu'un programme, c'est une philosophie qui permet de se donner une certaine ligne de conduite et de choisir les bons supports. Ici les living books remplacent les manuels et la narration quotidienne remplace toutes les autres formes d'évaluation. Le programme d'étude est dense, articulé autour d'une routine fixe. Le temps passé en extérieur à découvrir la nature et à faire du sport est considérable. Le soucis de plonger l'enfant dans un véritable bain culturel est constant. Par exemple aucune dictée, aucun exemple ne sont jamais inventés pour coller aux difficultés étudiées: tout est pioché dans la grande littérature.
Pour en savoir plus: La pédagogie Charlotte Mason tome 1 et tome 2, mais aussi les innombrables ressources sur les blogs anglophones. 

-Unit Study. L'adulte choisit un thème qui va servir de base à tout le reste. Imaginons que le thème est la pomme. En maths l'enfant va compter des pommes. En français il apprendra les sons des mots pomme/verte/rouge/verger/chenille/tarte..., en lecture il lira Un petit trou dans une pomme, en poésie il apprendra Petite Pomme... En sciences il verra comment elle pousse et en dessin il en dessinera de toutes les couleurs. L'année se déroule ainsi, autour d'une succession de thèmes. L'unit study (qui est très en vogue, si ce n'est incontournable, dans les écoles maternelles françaises) convient souvent bien aux créatifs puisqu'il est propice à la multiplication d'ateliers, d'expériences et d'activités manuelles en tout genre.
Pour en savoir plus: Pinterest! Et tous les blogs d'enseignants de maternelle en général. 

Et vous? Comment faites vous fonctionner votre homeschooling?

dimanche 23 octobre 2016

Un film sur le homeschooling: Captain fantastic!


Une famille nombreuse élevant ses six enfants au fond d'une forêt reculée, avec pour tout matériel une grande bibliothèque et de beaux idéaux... nous ne pouvions pas passer à côté de Captain Fantastic!

Le film a rencontré un succès considérable aux USA, mais en France il semble relégué à quelques salles d'art et d'essai. La note des spectateurs est unanime: c'est un vrai bijou. Mais médias et critiques ne sont pas franchement du même avis (comme cet article "tous à l'école publique!"; france 24 ou encore critikat n'ont pas franchement apprécié non plus): Captain Fantastic dérange. 

Nous l'avons vu avec les enfants, parce que nous avons pensé que le sujet les intéressait autant que nous. Ils ont adoré mais je préfère prévenir: les dialogues sont parfois... fleuris, et certains sujets sensibles sont abordés (à commencer par le suicide de la mère)...

Attention, la suite risque de vous dévoiler l'histoire!

Une vie de Robinsons

La première partie du film est un pur régal: les enfants sont attachants, ils mènent une vie simple et passionnante. Leur quotidien est fait de parties de chasse, de toilette dans la rivière, de course à pied dans les bois, d'escalade sur des parois rocheuses, de cours de self defense, de musique autour du feu... et surtout de centaines de livres inspirants et intellectuellement stimulants (oui je n'ai pas vu l'ombre d'un album pour enfant). Ils ne fêtent pas Noël mais l'anniversaire de Noam Chomsky, sont polyglottes, étudient énormément, font des burpees tous les jours et confectionnent leurs propres vêtements.

Chaque enfant a un programme d'étude (le père est d'ailleurs surpris qu'une des filles lise un livre qui n'était pas dans son programme), dans lequel la narration tient une place centrale. Les enfants sont constamment encouragés non seulement à raconter ce qu'ils ont lu mais aussi à donner leur avis et à débattre entre eux. Rien n'est jamais "intéressant" (mot proscrit!) mais "déstabilisant", "dérangeant", "novateur"... En bref: pour un film sur des enfants non scolarisés vivant dans la forêt je m'attendais à voir du unschooling baba cool... mais non: valeurs communistes et anti-chrétiennes mises à part, c'est bien du "Charlotte Mason" version survivaliste!


Le choc des cultures

Un évènement tragique -la mort de la mère- oblige toute la joyeuse troupe à rejoindre la civilisation pour assister à l'enterrement. J'ai beaucoup aimé voir la société de consommation à travers les yeux des enfants: choqués par l'obésité et par la surabondance de tout sauf de l'essentiel. Ils sont politiquement incorrects juste en s'assumant: vêtements bariolés, idées atypiques... 

Le père, patiemment, défend son choix de vie ou esquive quand on l'accuse de maltraitance parce que ses enfants (qui ne passent pas leurs journées entre un pupitre et une console de jeux vidéo) ont des bleus et des égratignures... Je crois qu'on s'est tous un peu reconnus n'est ce pas dans le "oh non c'est parti" lorsque le policier demande "ils ne sont pas à l'école?"! Ou encore lorsque le grand père accuse le père de marginaliser les enfants, de les rendre inadaptés au monde réel. J'ai vraiment retrouvé dans le film cette difficulté qu'ont je pense tous les homeschoolers à s'assumer en permanence dans leurs choix de vie aussi atypiques soient-ils, ainsi que la lassitude d'avoir sans cesse à se justifier de faire "autrement". 

J'ai beaucoup aimé la relation de confiance entre le père et les enfants. Ils parlent de tout librement: de politique et d'alimentation comme de sexe ou de suicide. Aucun sujet n'est tabou: tout est abordé sans condescendance, avec des mots justes et précis.


La famille "standard", incarnée par l'oncle, la tante, et leurs deux affreux rejetons, offre un pendant saisissant: biberonnés aux jeux-vidéo, ne fonctionnant qu'au chantage (si tu vas jouer avec tes cousins tu pourrais faire de la X-box après"), sous-éduqués, hilares lorsque le petit cousin sorti des bois prend la marque Nike pour la déesse grecque de la victoire... Ils sont certes parfaitement adaptés à la société de consommation, mais sont-ils heureux ou même intéressants? Ont-ils ne serait-ce qu'une once de personnalité? 

Le difficile équilibre

On sent, tout au long du film, que les personnages s'interrogent sur le bien fondé de leurs choix de vie. Contrairement aux personnages "standard" ils se remettent continuellement en question. Ils sont clairement très heureux et érudits, mais le manque de culture populaire les fait constamment passer pour des excentriques. Comment s'épanouir en société quand on ignore ce qu'est le Coca-Cola et qu'on porte son trophée de chasse en guise de couvre-chef? 

J'ignore si je suis la seule à avoir rencontré ce problème, mais oui, clairement, quand vous faites du homeschooling et qu'en plus vous n'avez ni télé, ni jeux-vidéo ni même chocapics au petit déj, les enfants passent vite pour des martiens auprès des petits copains. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'apprécie qu'ils soient abonnés au journal de mickey: parce que même si je pense qu'ils n'ont pas besoin de savoir que les J.O ont eu lieu au Brésil, ça leur donne juste assez de culture populaire pour ne pas avoir à souffrir de passer pour de gentils illuminés. 

En revanche j'ai été attristée par la fin (attention, si vous ne l'avez pas encore vu vous pouvez encore arrêter la lecture!) puisque la décision est prise de trouver un juste milieu, d'aller vivre dans une maison à la campagne et d'envoyer les enfants à l'école en bus avec le lunch bag. Je les trouvais hyper attachants dans leur marginalité mais cet épilogue donne l'impression qu'il faut obligatoirement passer par l'école pour être apte à s'épanouir en société...


Les critiques lues sur le web

Dans les critiques le conditionnement idéologique revient souvent.

Certes: le père est clairement en guerre contre la société de consommation, et il transmet ses valeurs à ses enfants. Mais c'est le cas absolument partout. Une instruction sans valeurs... ça n'existe pas. A partir du moment où l'enfant est instruit des valeurs sont inévitablement transmises, heureusement d'ailleurs! Soit ce sont les valeurs de l'école (donc des valeurs politisées, qu'on le veuille ou non), soit ce sont celles des parents.

D'ailleurs ils ne vivent pas non plus sous la coupe toute puissante du père puisque leurs lectures sont variées et qu'ils sont encouragés à jeter un regard critique très personnel sur tout ce qu'ils apprennent. A plusieurs reprises ils prennent une autre position et défendent leurs convictions (mission sauver maman!). La rébellion du fils est même plutôt bien gérée: la discussion est ouverte, posée.

L'autre critique récurrente concerne les scènes d'enfants qui chassent. Mais à moins d'être vegan, je trouve plutôt plus sain de voir un enfant chasser qu'un enfant mangeant un big-mac sans même avoir conscience de la composition du steak. Nos enfants mangent leurs poules et pêchent dès 3/4 ans, c'est quelque chose qui me semble normal.

Bref: certes dans captain fantastic on est dans l'extrême, c'est d'ailleurs un choix de vie absolument impossible en France sous peine de se voir retirer les enfants par l'assistance sociale. Mais malgré tous ses petits défauts et dérapages la famille des bois m'a bien moins choquée que la famille américaine standard, engluée devant la playstation!

Et vous, qu'en avez-vous pensé? 

lundi 10 octobre 2016

Lois et décrets sur l'ief: un vrai point de situation!

Je pense ne pas être la seule à avoir du mal à me repérer entre les différents projets de loi et de décrets en cours. Pour nous aider à y voir plus clair, Denis a gentiment accepté de prendre la parole au nom de la toute nouvelle FELICIA (fédération pour la liberté du choix de l'instruction et des apprentissages)

Bonsoir Denis, quelques mots sur toi?

Bonjour Laure, je suis Denis ;-)
Papa d’une jeune ado en IEF, je suis celui qui a le beau rôle dans la famille. Je fais des trucs rémunérés en dehors du domicile tandis que la maman gère toutes les galères et la responsabilité de la gestion quotidienne de l’instruction en famille. En mai 2016 après l’annonce d’un décret ministériel qui implique une modification réglementaire des contrôles de l’instruction en famille, malgré mon manque d’implication au quotidien je me suis dit : « WOW , mais stop maintenant ! » (d’autant que je voyais à peu près à quoi peut ressembler un contrôle new look tel qu’il se pratique déjà de manière a-légale dans certaines académies.)

Je me suis dit que je pouvais sacrifier mon temps libre en transports en commun et autres, et j’ai regardé quelles étaient les actions mises en place par les associations IEF nationales ou celles de ma région pour lutter contre ce projet de décret et pour faire connaître cette atteinte à la liberté de choix d’instruction dans la presse etc.

De fil en aiguille, ne trouvant pas d’action qui me corresponde, je suis tombé sur un groupe facebook monté par quelques mamans investies proposant d’unir un maximum d’associations et de quidams dans une communication unifiée et des actions communes, explicites, sur le sujet ainsi que de chercher rapidement comment se défendre. Ca m’a parlé parce que c'était à la fois très pragmatique, très ciblé et faisait montre d’un accueil assez ouvert.

J’ai proposé mes maigres compétences en gestion de projet pour aider à ce que les discussions autour de cette proposition de regroupement accouchent d’un concept concret et utilisable pour que cette fédé / asso puisse voir le jour, afin que je sache concrètement si j’ai envie de la rejoindre. Comme j’ai une grosse tendance / défaut à donner mon avis sur tout… ben je me retrouve avec de demandes d’interview sur ton site, largement illégitimes en fait puisque la fédé n’est pas née de mon cerveau (je n’en ai d’ailleurs pas ;-) et qu’elle est à ce jour la somme du travail d’une grosse vingtaine de parents qui bossent tous les jours sur différents chantiers urgents (les statuts, le règlement intérieur, la prise de contact avec les pouvoirs publics, les réactions au texte de loi….), mais aussi le résultat du soutien d’une grosse centaine de sympathisants et de plus de dix associations qui ont déjà manifesté l’envie de porter un projet commun. Tous mériteraient bien plus que moi la faveur d’une interview. Je suis celui qu’on voit parce que je parle beaucoup /trop. Loin d’être celui qui porte le projet sur mes épaules. Elles n'y suffiraient d’ailleurs pas.

On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de projets de loi et de décrets autour de l'instruction en famille. Qu'en est-il aujourd'hui?

Tout a “commencé” par le travail de veille des assos nationales sur le sujet. LEDA, LAIA, CISE, le Collectief… ont été invitées à participer au cabinet de la ministre Belkacem à prendre part à la discussion sur l’amélioration des contrôles de l’IEF initié par l'inspection académique. Or en fait de “discussion”, elles se sont retrouvées uniquement invitées à lire un nouveau projet (page 21) de décret d’application régissant les contrôles de l’instruction en famille… et pas vraiment à apporter leur savoir faire dans sa définition. Dans tout autre secteur de la vie publique on appellerait ça un “traquenard”.

Comme pour justifier de la création d’un décret, il faut l’adosser à une loi qui peut seule justifier de modifier les procédures existantes, est né l’amendement n°3679 au projet de loi Egalité Citoyenneté qui modifie par la loi, l’article 131-10 du code de l’éducation de manière très subtile : « L’autorité compétente de l’État détermine les modalités du contrôle ». Dès lors comme il y a nouvelles modalités inscrites dans le code, il y a forcément besoin d’un nouveau décret. Et ça tombe bien il est déjà écrit. :-) Ce décret a fait bondir, à raison, les associations qui l’ont lue et tous les parents qui l’ont ensuite consulté. En voici les quelques lignes qui changent tout:

Article 1er
L’article D. 131-12 du code de l’éducation est remplacé par les dispositions suivantes :
« D. 131-12. L'acquisition des connaissances et compétences est progressive et continue dans
chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et doit avoir pour objet d’amener l'enfant, à l'issue de la période de l'instruction obligatoire, à la maîtrise de l'ensemble des exigences du socle commun. La progression retenue doit être compatible avec l’âge de l’enfant et son état de santé, tout en tenant compte des choix éducatifs effectués.
Le contrôle de la maîtrise progressive des acquis du socle commun est fait au regard des objectifs de formation attendus à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire. »

Article 2
Après l’article D. 131-12 du même code, il est ajouté un article D. 131-13 ainsi rédigé :
« Le contrôle de l’acquisition des connaissances et compétences prescrit par l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation se déroule sous la forme d’un entretien avec les personnes responsables de l’enfant soumis à l’obligation scolaire en présence de ce dernier. L’enfant est ensuite soumis à des exercices écrits ou oraux ». 

Les trois phrases que j’ai mises en gras changent beaucoup de choses. D’abord, le contrôle est désormais prévu non plus pour vérifier qu’une instruction cohérente est bien dispensée à l’enfant , lui permettant d’acquérir pour l’âge de seize ans les attendus du socle commun de connaissances et de compétences, comme c’était écrit dans la précédente version du code et des circulaires envoyées aux inspecteurs mais bien pour vérifier que cette instruction permet d’atteindre les attendus de chaque palier d’acquisition de ce socle (tel que mis en place par les écoles de l’éducation nationale) ; soit des échéances de deux ou trois ans, entre 6 et 16 ans (palier 1, palier 2, palier 3…).

Plus encore, une “maîtrise progressive” est demandée au regard de ces paliers bi ou trisannuels. Ca veut dire, pris au pied de la lettre, que la progression de l’instruction donnée doit être conforme à ce qui est communément établi comme norme pour l’acquisition des connaissances du palier : et la seule norme de progression connue des inspecteurs, ce sont les niveaux de classe définis dans leurs référentiels.

Pour ce qui est de la dernière phrase en gras, cela signifie que désormais l’enfant sera SYSTEMATIQUEMENT soumis à des tests écrits ou oraux, à la fin de l’entretien avec le parent instructeur là où , avant , l’inspecteur pouvait simplement proposer une discussion additionnelle avec l’enfant, après avoir entendu la méthodologie et le projet de l’enseignant parent dans l’acquisition du socle à 16 ans pour vérifier que l’instruction donnée est bien réelle et que l'enseignant n’est pas atteint de mythomanie. Parce qu’il faut le marteler, le but du contrôle est de vérifier la compétence de l’enseignant dans son rôle d’instruction. Pas d'évaluer les résultats de cette instruction sur l’élève. C’est d’ailleurs la stricte transposition de ce qui se fait s’agissant du contrôle des professeurs en classe des écoles de la République.
Ces trois phrases changent beaucoup de choses. Je pense aux parents qui pratiquent les apprentissages informels ou à ceux qui par exemple appliquent des pédagogies où l’examen écrit/oral est une aberration pédagogique. Ou encore ceux qui ont des enfants-élèves passionnés par une matière qu’ils creusent à un certain âge largement au delà des attentes du référentiel et réservent une autre matière pour un autre âge (les études ne cessent de démontrer par exemple que tous les enfants n’ont pas un cerveau programmé pour apprendre à lire à 6 ans)

On jugera aussi avec ironie la prise en compte des « choix éducatifs des parents » mentionnée dans le décret, dans la mesure où le même décret sous-entend de les contraindre à des paliers du socle commun, une progressivité d’apprentissage et des tests écrits ou oraux. Les parents ont donc la liberté de choix de faire comme l’école de la République, à un tempo à peine individualisé. Drôle de conception de la liberté. Aveu de déni de toute avancée pédagogique, neuroscientifique… qui ne cessent de remettre en cause le modèle de l’école en France.

On notera aussi pour compléter le tableau noir que rien n’oblige plus, dans le texte proposé, les inspecteurs à se déplacer dans la classe de l’enfant c’est-à-dire son domicile, la médiathèque du coin…. Nombreux sont les parents qui connaissent déjà le départ pour le contrôle à l’Académie avec une valise à roulettes regroupant toutes les productions de l’élève depuis le début (bah oui parce qu’en plus les inspecteurs changent souvent et ne disposent pas de l’historique de l’élève )

En lisant le texte du décret de manière à peine pessimiste, on peut tout à fait se représenter que le contrôle imaginé par le ministère consiste à inviter les enfants dans un local de l’Académie, de discuter quelques minutes avec les parents, puis de soumettre les enfants à une série de tests piochés dans les exercices donnés aux élèves de la classe correspondante dans les écoles de la République. Et pourquoi pas de rassembler dans une salle d’examen plusieurs examinateurs et plusieurs examinés en demandant aux parents de quitter la salle. (Si d’aucuns en doutent, sachez que c’est déjà l’usage “hors des clous” qui se pratique dans plusieurs académies sous prétexte de rentabilité du temps alloué )

Ce qui se passera après cet “examen” devenu légal par décret est une boîte noire qui n’est pas transcrite dans les nouveaux textes de loi. Que se passera-t-il si l’inspecteur dispose de tests écrits « prouvant » qu’un enfant n’a pas réussi à atteindre le niveau espéré par la progression dans le palier ? A-t-il l’obligation de proposer le brouillon de son rapport pour commentaire à l’instructeur? Sera-ce l’occasion d’une discussion sur les méthodes de l’instructeur-parent pour « corriger le tir » ? Aura-t-on besoin de « corriger le tir » si on parvient à faire valoir que nos choix pédagogiques n’impliquent pas de réussir des tests écrits ou de respecter des paliers de socle? Quelles preuves pourra-t-on conserver d’une inadéquation éventuelle du test avec les besoins de notre enfant ou son profil (dys, zèbre…), quand la seule chose qui restera de l’examen c’est une feuille d’exercices ratés par l’élève et l’appréciation à sens unique d’un inspecteur assermenté de fait?

Toutes ces questions sans réponse et l’expérience malheureuse de certains parents déjà avec le cadre législatif actuel laissent présager que la bienveillance sera parfois toute relative (quand on sait que la rapporteur de la commission du sénat en débat parle déjà de certains parents “qui n’ont pas les pieds sur terre”, que le ministre Kanner évoque “la recherche de médiatisation s’agissant d’un contrôle qui se passe mal” je vous laisse imaginer le champ d’interprétation possible par un inspecteur formé aux et convaincu par la méthodologie pédagogique mise en place de la primaire au collège).

C’est pourquoi les parents, les assos… tout le monde est parti en croisade contre ce décret qui est une atteinte manifeste à la liberté de choix d’instruction. Et pour partir en combat contre un décret qui n’existe pas encore officiellement, la seule issue c’est de se battre pour qu’il n’y ait pas de nouvelle loi, donc pas la possibilité de rédiger un nouveau décret.

En mai tout le monde s’est motivé pour prévenir les députés de l’assemblée des dangers du décret adossé à la loi. Tout le monde a fait les choses dans son coin. On a manqué notre cible. Et accumulé de l'expérience: pour parler d’une loi anodine en apparence adossée à un projet de décret qui n’existe pas encore officiellement il faut avoir des démarches personnelles auprès des représentants de la République, avoir un plan structuré pour faire en sorte de les convaincre individuellement sans en oublier au passage, et surtout faire en sorte qu’ils soient tous présents lors du vote..

Le texte du 14 b n’a pas été retiré ni changé malgré un certain nombre de députés alertés ou gagnés à notre cause. Les débats affreux ont essentiellement parlé de protection des enfants contre les sectes et le terrorisme, et les arguments des pro-ief n’ont pas été entendus, ou si peu. Les enfants ief de Saint Denis ont pris cher dans les débats, souvent cités en exemple pour justifier l'obligation de contrôles dont la plupart des députés semblaient ignorer qu’ils existaient déjà. Le texte de la loi est resté « L’autorité compétente de l’État détermine les modalités du contrôle » (et justifie toujours le décret).

Cet été la loi a été transmise au sénat qui a analysé tous ces points. Les associations nationales, -pas nous malgré mes demandes-, ont été convoquées à une table ronde menée par la rapporteur de la commission spéciale du sénat saisie de la loi Egalité Citoyenneté incluant le 14b. Madame Gatel. Elle a compris en partie les questions légitimes des parents.

Mais elle n’a pas souhaité, non plus, entièrement le 14b du texte qu’elle présentait, avec sa commission, aux autres sénateurs. Elle a juste admis que si le but de la loi proposée par le ministre Kanner était de contrôler les dérives terroristes alors il fallait admettre que les contrôles se passent plutôt à la maison, sinon ça n’avait pas de sens. Le texte qui a été soumis au vote des sénateurs mardi 5 octobre a donc été transformé en ce sens « L’autorité compétente de l’État en matière d’éducation détermine les modalités du contrôle. Le contrôle est effectué sur le lieu où est dispensée l’instruction, sauf décision motivée de l’autorité compétente de l’État en matière d’éducation. » . Plusieurs sénateurs ont proposé là aussi pendant les débats, des choses affreuses à base de terrorisme, de soumettre nos enfants à un examen médical obligatoire, de demander l’autorisation de faire l’IEF…. Mais aucun n’est passé. Ouf, on a bien préparé le terrain. A priori donc les tests réglementés par le décret devront avoir lieu à la maison sauf “motivation” de l’Académie. Ce qui en soit veut tout et rien dire, puisqu’on ne sait pas ce qu’est une motivation recevable.

A noter, on s’était beaucoup investi avec la fédé -et là on est sûrs aussi d’avoir alerté tout le monde et pris des contacts personnels avec un sacré paquet- autour d’un amendement n°309 qui aurait pu encore préciser les modalités du contrôle et qui aurait changé le texte comme suit : « L’autorité compétente de l’État en matière d’éducation détermine les modalités du contrôle. Le contrôle est effectué, dans le respect des choix pédagogiques des parents, sur le lieu où est dispensée l’instruction, sauf décision motivée de l’autorité compétente de l’État. » . Il a été signé par 20 sénateurs qu’on a contacté. Cet amendement aurait rendu le décret de juin sans doute un peu plus compliqué à justifier et aurait offert aux parents lésés lors d’un contrôle la possibilité de faire un rappel à la loi… Malheureusement il n’est pas passé non plus, la sénatrice de Menton qui le portait l’ayant retiré de son propre chef pendant les débats, convaincue par les arguments de Mme Gatel concernant “la brèche” que lui semblait ouvrir cet amendement dans les contrôles qui se passent mal. Nous on aurait plutôt dit la possibilité de faire respecter nos droits. Mais bon...

La loi suit sa procédure normale s’agissant d’une loi « en procédure accélérée ». Elle sera discutée au sénat jusqu’au 12 octobre. Après le 18 octobre, elle retourne à l’Assemblée Nationale ou une commission mixte paritaire de 6 députés et 6 sénateurs devra définir si les modifications proposées par le sénat sont pertinentes ou non.

Ils doivent se mettre d’accord sur un texte final. Ils peuvent encore retoquer complètement l’article 14b mais ce serait étonnant, ou faire revenir le texte dans l’état où il était avant son passage au sénat, donc sans mention pour le lieu du contrôle.

Après, la loi sera officiellement votée, publiée au Journal officiel et le décret d’application sera sans doute traduit en circulaire à l’usage des inspecteurs d’académie pour la conduite des tests.

Si nous ne sommes pas d’accord avec le texte du décret, en opposition à la liberté de choix d’instruction, il faudra sans doute passer par la voie juridique. Et c’est assez compliqué à titre individuel (il faut attendre qu’un inspecteur décide de rescolariser son enfant au nom d’un test raté, et là attaquer en disant que le test est contraire à la liberté de choix d’instruction), parce que c’est un combat qu’on mène souvent seul et qui peut avoir des conséquences familiales dramatiques, malgré le soutien d’assos ou de proches..

On peut aussi explorer des voies juridiques plus globales pour essayer de démontrer que le décret ne respecte pas la liberté de choix d’instruction et pose des questions en matière de constitutionnalité. (C’est un peu ce qui est arrivé à l’arrêté anti burkini, dont le conseil d’état a jugé qu’il était anticonstitutionnel). Mais pour saisir le conseil d’état c’est une autre paire de manches. C’est pourquoi la création d’une fédération d’intérêt général, représentant un maximum de gens par un avocat apte par exemple à plaider au conseil d’état, fait sens. Mais n’est à ce jour une garantie de rien. Et trouver le cador qui prendra fait et cause pour tous, n’est pas une recherche qui se fait à la légère, ni sans financement. En répartissant le poids du financement et la recherche du BON profil entre plusieurs personnes, on ne sera que plus efficace.

La fédération FELICIA semble prendre forme. En quoi pourrait-elle changer la donne à l'avenir?

Elle n’a pas prétention à changer la donne je crois. Poser des garde-fous généraux plutôt. Elle vise essentiellement à se positionner en référent de réalités d’instructions différentes, représentées déjà par plusieurs associations qui font très bien leur travail et leurs actions dans leur microcosme régional ou thématique, mais n’abordent toutes qu’une partie de la réalité des familles en France. Entre une association pour la liberté d’apprendre différemment, une autre qui milite pour l’épanouissement ou les méthodes alternatives, une école hors contrat, des écoles en CPC, des associations de rencontre entre IEF d’une même région, des associations culturelles ou philosophiques en IEF etc. Il y a un large éventail de réalités. Qui aujourd’hui voient les actions à mener chacune par leur prisme particulier, ne peuvent pas toutes, par leurs statuts actuels ou par leur taille, se positionner en association d’intérêt général ou se mettre en ligne dans une quelconque action en justice.

L’idée à la base de la fédération est de se dire qu’en cumulant les dénominateurs communs à toutes ces associations, en y ajoutant la voix de parents qui ne se retrouvent aujourd’hui dans aucune des associations existantes on devient une force de réaction et de prise de position forcément plus importante. On écoute forcément de manière plus attentive une association qui représente 10 000 personnes que 7 associations de 1000 personnes plus une série d’isolés. On produit forcément plus d’actions coordonnées quand on s’y met tous ensemble que chacun de son côté, avec des succès divers et des moyens qui se chevauchent parfois.

On essaie aussi de créer cette association conformément aux règlement qui lui permettraient de se piquer d’ester en justice sur les cas manifestes d’atteinte à la liberté de choix de l’instruction et des apprentissages. C’est passionnant et très complexe, mais le temps presse et les journées ne font que 24h.

Concrètement, que peut-on faire pour t'aider? Recherches-tu des profils particuliers?


M’aider moi, pas grand-chose, sauf à connaître un profil de magicien pour élargir la durée d’une journée. 😀


Mais pour aider tout le monde en IEF il y a plein de manières via la fédé. On a pas mal galéré (ça a été houleux il faut l’admettre) cet été à définir des statuts de fédération qui impliquent que tout le monde soit partie prenante du projet et pas uniquement une petite équipe qui serait la « tête pensante » de la fédé et penserait à la place de ses membres. Certains ont pris leurs distances, d’autres sont montés ou remontés à bord, et quelques voix en gardent une certaine rancoeur. Je ne savais pas mais il faut croire que c’est le lot de la création de ce genre de projet fédérateur. On ne contente pas tout le monde tout de suite, on passe sans doute trop de temps chrono à asseoir des règles qui conviennent au plus grand nombre et ça fait parfois bouillir les esprits au vu du timing serré dont on dispose pour agir. J’ai l’espoir de croire que plus les bases sont solides et moins l’ensemble peut être laminé à la moindre bourrasque.

Le pire travers serait de tomber dans une perpétuelle discussion de philosophie ou d’ego au détriment de l’action, et la structuration nécessaire accapare effectivement beaucoup de temps de cerveau disponible (comme disait l’autre). Il faut trouver le juste équilibre.

Mais c’est vrai aussi qu’au vu de la multitude de chantiers à mener de front, du besoin d’avancer rapidement sur des sujets multiples et parce qu’on a défini un mode de fonctionnement assez ouvert et “investissant”, il faut que chaque participant se responsabilise dans une démarche tout sauf attentiste: si tu as une idée pour faire avancer un des aspects de la fédé ou de ses combats, tu te signales, on étudie ensemble ce que représente ton idée et où tu peux l’emmener. Ensuite on t’invite à constituer une petite équipe de choc qui se met des objectifs clairs, datés, jalonnés quant à la réalisation de ton idée. Et quand ton projet a abouti au résultat préparatoire espéré, on le soumet au vote de tous. Là, si il remporte l’adhésion, on le met en application l’instant d’après. Dit comme ça on dirait les règles d’une communauté hippie. Je sais, c’est aussi la remarque que j’ai faite avec ironie en arrivant en juillet dans les débats au moment ou plusieurs membres ont proposé ce modèle de fonctionnement collaboratif qu’on a ensuite affiné. Mais il faut plutôt le voir comme la mutualisation des cerveaux et des savoir faire pour aller plus vite, plus loin, plus efficacement. Ca a fini par me séduire.

Un exemple simple : quand on s’est dit qu’il fallait trouver un moyen de prévenir les sénateurs que le projet de loi allait leur arriver on a créé un chantier spécifique. On ne s’est pas contenté de proposer à tous les « membres » des éléments de langage sortis de la tête d’un chef de fédé. On a segmenté le truc comme un projet d’équipe. Certains se sont occupés de la lettre type, d’autres de lister les sénateurs à contacter, d’autres ont traqué les fautes dans les courriers que les « membres » se sont proposés d’envoyer, on a essayé de centraliser toutes les démarches histoire d’être sûrs que tous avaient été contactés, on a fait des relances téléphoniques systématiques des assistants parlementaires, et même travaillé à écrire l’amendement 309 dont on regrette qu’il ne soit pas passé.

Autant de tâches impossibles à gérer à deux ou trois, qui se sont avérées possibles avec la force du nombre et la répartition des tâches. C’est sûr qu’on aurait préféré t’annoncer une petite victoire qui nous auraient évités les esprits narquois qui nous regardent de l’extérieur, mais on a au moins la certitude qu’à chaque étape du projet de loi au sénat, on n’avait aucun trou dans la raquette. On a la certitude d’avoir été au plus loin de ce qu’on pouvait faire.

Pour aider Felicia, du coup, il n’y a qu’une seule méthode : se proposer avec ses compétences pour aider à un chantier en cours, ou identifier un chantier utile auquel on a pas encore pensé et qu’on veut mener à bien. La phrase que je répète le plus depuis Août aux gens qui croisent la route de Felicia par la page Facebook ou dans les échanges qu’on peut avoir c’est “qu’on se fiche de savoir ce que tu ne sais pas faire, par contre dis-nous en quoi tu excelles , on va t’aider à aider la création de cette fédé avec ce super pouvoir».

Et franchement les apports sont variables. On a des actions très ponctuelles qui ont permis par exemple de trancher rapidement sur le nom de la fédé de la part d’un papa qui nous a dit qu’il avait quinze jours et pas plus’ pour s’investir. On a des gens qui sont d’une aide précieuse en relecture, en recherche d’outils ou de solution technique, en apport d’idées à première vue farfelues mais qui aident à voir le problème sous un autre angle, on a de très bons chefs de projets, des traducteurs de jargon politique, des meneurs d’hommes et de femmes percutants, des spécialistes de la création d’asso, des graphistes, des as du résumé, des gens qui ont le temps de mener des recherches de fond, de proposer des premières moutures…



Dans les urgences du moment, il y a bien sûr le débroussaillage du volet juridique qui va mobiliser pas mal de bras et de cerveaux pour identifier, argumenter, synthétiser les possibilités. Mais d’autres chantier sont déjà ouverts : quid de l’après 14b s’il passe ? doit-on proposer un livret type pour les cas d’enfants avec une particularité en IEF, pour les faire connaître mieux des inspecteurs ? Comment sensibiliser l’autorité publique de tous les contrôles qui se sont passés ou se passent mal ? Faut-il proposer un référentiel de contrôle ? Doit-on alerter la presse? Une pétition est-elle utile…. Et mille autres qui naîtront au fil des idées des membres pour défendre la liberté de choix de l’instruction et des apprentissages

Si on avait pas établi ce mode de fonctionnement « une idée = une équipe => un résultat » on ne pourrait pas se permettre de réagir rapidement à chaque avancée du projet de loi malgré à peine deux mois “d’existence”. On a donc surtout besoin de gens impliqués et d'un peu de temps de chacun d’eux pour continuer d’avancer sur tous les terrains nécessaires. Cette fédération par le modèle de fonctionnement qu’elle s’est choisi ne pourra exister que si des gens se mobilisent avec leur opiniâtreté et leurs idées pour la faire vivre. Si elle ne trouve pas les relais qu’elle espère auprès des gens qui ont en commun la défense de leur droit au choix… Oui elle ne sera qu’une coquille vide, ou au mieux une association de plus, au pouvoir d’action et à la représentativité limitée. Ce n’est clairement pas ce que je souhaite aux instruits en famille.

Donc bah… venez quoi, il n’y a aucun petit apport. La seule qualité nécessaire est celle d’être capable de se prendre en main seul et ne pas attendre que quelqu’un vienne nous relancer sur la partie de projet qu’on a choisi de porter, si petite ou grande soit-elle. Ca va c’est maigre comme contrainte.

Je te souhaite une bonne soirée. Et merci pour tout ce que vous faites avec FELICIA!

Merci Laura, mais tu sais que ton blog est pas mal non plus ;-) Faire savoir, c’est aussi « Faire ».
Tu nous rejoins du coup?

Avec joie!


mardi 4 octobre 2016

20 propositions pas si anodines...

Voici un sujet épineux. Un sujet que j'ai d'abord tenté d'éviter en espérant qu'il se règle de lui même en tombant dans l'oubli qu'il mérite. Mais je reçois presque quotidiennement des messages me demandant d'éclaircir ma position. Par ailleurs on ne m'a pas donné la possibilité de m'exprimer directement sur le groupe du collectif en question, la dissidence y faisant désordre. 


"J'ai constaté que tu ne faisais pas partie du Collectif de Laurence, bien que faisant du formel avec tes enfants. Pourrais tu en toute confidentialité ( d'où le message privé) m'indiquer qu'elles sont tes restrictions ? J'ai moi même des doutes, (...) j'ai beaucoup de mal à me situer et la question est quand même assez fondamental pour nous tous!"

"Je me permets de te demander pourquoi tu ne soutiens pas le collectif?"

"Coucou, j'ai vu que tu es contre les 20 propositions. Ca fait du bien parce que j'ai l'impression que personne ne comprend que ça ne nous aide pas du tout au contraire. Mais j'ose rien dire, elles sont hyper agressives."

"Je trouvais l'idée géniale au début mais j'ai lu ton intervention et c'est vrai que maintenant que tu le dis ça fait un peu collabo cette façon de faire."
...

A l'origine du projet


Pour ceux qui n'ont pas suivi toute l'affaire, petit flashback: un peu avant les grandes vacances, une homeschool-mom, ancienne institutrice de métier récemment reconvertie en "coach", a décidé de monter un collectif chargé de défendre 20 propositions pour encadrer l'école à la maison. Propositions soumises tout récemment aux politiques sans aucun réel débat. "L'école est la maison", comme son nom l'indique, défend une seule catégorie de familles: celles qui transposent le système scolaire chez elles... et qui ne souhaitent pas que d'autres aient la possibilité de faire autrement. 

Leur idée est la suivante: plutôt que de subir les restrictions successives en matière de droit au homeschooling, elles souhaitent collaborer directement avec l'éducation nationale en émettant elles-mêmes les restrictions qu'elles jugent être les "moins pires"... puisqu'elles ne les affecteront pas directement. En somme: on livre le petit voisin en pâture en espérant ne pas se faire bouffer soi-même. 

Quelques propositions du collectif, en vrac: 


-les familles suivant des cours par correspondance devront être systématiquement contrôlées comme les familles en IEF

-des contrôles de la mairie annuels et non plus tous les deux ans. 

-l'obligation pour les familles de soumettre  à l'inspection académique un dossier par enfant, présentant le programme dans chaque matière, la progression prévue, les supports et les méthodes qui seront utilisées etc...

-un déroulement standardisé des contrôles, avec tests oraux et/ou écrits. Autrement dit des tests nationaux pour chaque niveau. Un common core à la française, rien de moins. 

-un "pallier" à dix ans, avec des objectifs qui devront être atteints sous peine de rescolarisation, peu importe si l'enfant vient d'être déscolarisé ou non. 

-un examen obligatoire à 16 ans afin de vérifier que toutes les cases du socle commun sont cochées. Seuls les enfants qui ont présenté et réussi le brevet des collèges en seraient exemptés. 


Les petits homeschoolers ne soutiennent en aucun cas cette initiative. Nous faisons du formel, les enfants ont un niveau qui ne me préoccupe absolument pas, et nos contrôles se passent plutôt très bien.... mais je tiens beaucoup trop à la liberté d'instruction en France pour livrer ainsi ceux qui ont une autre façon de faire que la mienne. Je pense également à tous ceux qui rencontrent d'autres difficultés que les miennes (situations complexes de handicap, enfants très atypiques, déscolarisations tardives d'enfants largués,...). Et non, je n'ai aucune envie de devoir confectionner chaque année quatre dossiers pédagogiques pour justifier auprès de l'éducation nationale la progression et les supports choisis, ni celle de soumettre mes enfants à des tests nationaux qui nous imposeraient forcément de suivre les programmes et d'employer le lexique en vigueur dans les écoles. Ces propositions desservent nos intérêts et n'apportent aucun bénéfice en matière de protection de l'enfance ou de garantie à long terme pour le droit au homeschooling. 

Agir plutôt que de ne rien faire? 


Comme cela a été rabâché à l'assemblée nationale: en France absolument tout l'arsenal juridique est déjà existant pour protéger les enfants non scolarisés. Nous avons juste à défendre les lois déjà en place, ce que les diverses associations font très bien. Nul besoin de tirer à boulets rouges sur ceux qui font autrement, et encore moins d'imposer notre façon de faire en espérant préserver nos petits intérêts personnels. 

Collaborer et livrer une minorité pour assurer son propre confort dans la tourmente n'a jamais été une très idée très noble... Alors restons unis les amis, malgré nos différences. On est beaucoup plus fort ainsi. 

jeudi 30 juin 2016

Ci-gît notre liberté

Hier après midi l'article 14bis, concernant les contrôles de niveau et le lieu de contrôle, a été voté à l'assemblée nationale.

Il s'agit d'imposer la progression de l'éducation nationale par cycle et de donner tout pouvoir à l'administration pour organiser les contrôles.

J'ai suivi les débats en direct: sur 577 députés, seuls 49 étaient présents et ont voté. Avec 32 voix pour et 17 contre, l'article est passé. Madame Najat Vallaud Belkacem n'avait pas pris la peine de se déplacer. J'avoue ne pas avoir l'habitude de me pencher autant sur les rouages de notre démocratie... il a fallu que je sois directement concernée pour prendre le temps de le faire. C'est consternant: l'assemblée nationale était presque déserte, la ministre de l'éducation absente... pour un texte d'une telle importance! Ne se sentent-ils pas concernés? N'ont-ils aucun sens des responsabilités?

J'ai été très agréablement surprise par le degré d'information de certains députés, et je crois que nous le devons aux associations qui ont fait un travail de communication formidable. Monsieur Noël Mamère a été admirable, ainsi que Monsieur Breton, Mme Attard, Mme Le Callenec et tant d'autres... Leurs nombreuses interventions furent remarquablement éloquentes et pertinentes. Parti socialiste mis à part, nos défenseurs venaient de tous les horizons politiques. Ils n'étaient pas tous convaincus par le homeschooling, mais tous estimaient qu'il s'agit d'une liberté fondamentale. Tous ont insisté sur le fait que l'arsenal juridique est déjà suffisant pour lutter contre d'éventuelles dérives et que cette loi liberticide n'a pas lieu d'être.

Malheureusement toutes leurs questions et objections sont restées sans réponse.

Tout n'est pas terminé: tous les amendements ont été rejetés, mais la loi n'est pas encore passée, nous avons donc encore une chance, aussi infime soit-elle. En bref: communiquez! Communiquez un maximum: c'est l'inconnu qui fait peur.

Pour en savoir plus, voici un excellent article d'isa-lise:

Lire aussi:

jeudi 9 juin 2016

Restrictions pédagogiques: ce qui va changer

Ce matin a eu lieu la tant attendue conférence de presse de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, au sujet de l'instruction en famille et des écoles hors contrat.

Sans surprise, voici ce qui devrait changer:


-Augmentation du nombre d'inspections, grâce à un renfort de profs (qui toucheront pour cela des indemnités de mission particulière). Autrement dit vous ne serez plus forcément inspectés par un inspecteur d'académie, mais potentiellement par un professeur des écoles.

-Des contrôles inopinés (Il n'est pas précisé si ces inspections surprise ne concernent que les écoles hors contrat: à préciser)

-Des tests oraux et écrits: les inspections consisteront en un entretien avec la famille, suivi d'exercices, oraux et écrits, pour évaluer le niveau de l'enfant.

-Le choix des modalités et du lieu du contrôle reviendra désormais exclusivement à l'inspection académique: chez vous, à l'inspection académique, dans une école... Motorisés ou pas, débrouillez-vous.

-En cas d'échec deux fois de suite ou de refus de contrôle, les familles seront mises en demeure de scolariser leur enfant (Ce qui ne représenterait pas une obligation de résultat... c'est tellement limpide qu'on n'y avait pas pensé!)

-Le programme: les contrôles porteront non plus sur l'acquisition du socle commun des compétences à 16 ans, mais sur la progression de l'éducation nationale. Autrement dit les familles auront désormais l'obligation de suivre la progression des écoles sous contrat pour chaque cycle. Nous sommes assurés que nos choix éducatifs seront respectés... ce qui est un non sens puisqu'ils devront être conformes à la progression définie par le ministère!

-Les maires seront rappelés à l'ordre sur le contrôle social. Le ministère de l'éducation nationale collaborera avec les mairies afin de s'assurer qu'elles suivent systématiquement les familles pratiquant l'instruction en famille.

-Les "bonnes moeurs": l'instruction dispensée devra être "conforme aux bonnes moeurs". C'est un terme subjectif, totalement dépourvu de sens juridique: les "bonnes moeurs" correspondent à l'idéologie en vigueur.


Evaluer le niveau, vraiment? 

Les exercices oraux et écrits destinés à évaluer le niveau des enfants instruits en famille posent plusieurs problèmes:

-l'éducation nationale ne peut  pas être à la fois juge et partie. Pour évaluer la qualité de mon pain maison, je n'irai pas demander son avis au boulanger de ma rue. Pourtant mon pain est une tuerie je vous assure!

-ils vont à l'encontre de la liberté éducative. Mes enfants vont bien au delà du programme de l'éducation nationale dans la plupart des matières. En revanche, en dehors de mon petit passionné de programmation, ils ne font pas d'informatique. Ils ne font pas non plus d'anglais écrit avant le CM1. En CP, sauf exception, ils ne savent pas écrire leur prénom avant d'en avoir étudié toutes les syllabes, ce qui peut arriver à la fin de l'année... or c'est une compétence attendue en petite section de maternelle je crois! 
Bref, nous n'avons ni les mêmes objectifs, ni les mêmes méthodes de travail.

-mettre en situation d'examen un enfant de 6, 7 ans.... est-ce bien raisonnable? Imaginez-vous à cet âge, dans des lieux inconnus, avec des étrangers, avec pour épée de Damoclès une scolarisation forcée... Pensez-vous que ce soit adapté pour un petit?
Les parents d'élèves accepteraient-ils que leurs enfants scolarisés en primaire passent un examen annuel dans les locaux de l'académie pour "évaluer leur niveau", avec changement d'établissement à la clef en cas de ratage?

-des exercices donnés par une tierce personne ne peuvent absolument pas estimer correctement le niveau d'un enfant.  Si vous demandez à mon enfant de CP de réciter l'alphabet il en sera bien incapable, même s'il lit parfaitement, parce que nous ne l'apprenons qu'en ce1 (pour les recherches dans le dictionnaire). Et si vous demandez à mon fils de 9 ans de "souligner les noms noyaux puis de barrer les expansions du nom superflues" ou d' "enrichir les groupes nominaux", vous risquez de croire qu'il n'a jamais fait de grammaire, alors qu'il fait chaque jour de l'analyse logique et de l'analyse grammaticale, ce qui est autrement plus poussé. Enfin récemment un de mes enfants a été hospitalisé et nous avons dû composer avec l'envahissante "directrice de l'école de l'hôpital", choquée parce qu'en ce1 il ne savait pas écrire toutes les lettres CAPITALES pour remplir son exercice-mot croisé. Il sait parfaitement les lire mais en ce1 il n'a jusqu'ici écrit qu'en cursives. Nous verrons les capitales vite fait en cm1, pour la géométrie. 

Nous travaillons juste différemment: nous n'employons ni la même terminologie, ni les mêmes méthodes. Je ne suis pas certaine qu'un test écrit ou oral, totalement arbitraire (contrairement à un examen national dont les attendus sont fixés au préalable), sans savoir ce que nous avons fait et comment nous travaillons, puisse refléter le niveau réel des enfants instruits en famille. 

L'éducation nationale est-elle qualifiée pour apprécier la qualité de l'instruction en famille? 

Je tomberai peut être sur des gens formidables, respectueux et ouverts d'esprit. Mais désormais il va falloir vivre avec l'idée que ce sont peut être aussi ces guignols là qui viendront juger notre instruction en famille (extraits choisis, tirés du groupe Facebook  tous professeurs des écoles"):





"Bonjour dans ma classe il n'y à aucun livre pas de coin bibliothèque je voudrai donc prendre un abonnement"

"Dans ma nouvelle école, il y a très peu de livres (une bibliothèque quasiment vide et aucun livre dans la classe...). Il est donc difficile de proposer aux élèves des livres à lire."

"Un parent d'une de mes élèves a agressé verbalement un autre de mes élèves dans l'enceinte de l'école (menace de mort, de venir chez lui et intimidation physique).Que leur dire ? "

"je trouve que le niveau des enfants baissent" (sic)

"vous êtes à jour dans vos programmes ?"
réponses par dizaines: "Meuh non! Mon inspecteur m'a dit plusieurs fois que c'est utopique de penser boucler le programme!"

"On a copié Promettre au passé composé avec le pp "promi" "

"Connaissez-vous des versions de contes "non sexistes" ? Par exemple, le Petit Chaperon Rouge avec pour héros un petit garçon si joli que tout le village l'aimait ? Le Petit Poucet incarné par une fille petite mais extrêmement malicieuse ? Ainsi que des contes avec des amours gays ? Une fois une élève m'avait apporté "La princesse qui n'aimait pas les princes", c'était très mignon, la princesse tombait amoureuse d'une fée, aucun prince ne l'intéressait vraiment."
-"Boucle d'Ours ! Un petit ours qui veut se déguiser en Boucle d'Or pour un carnaval, mais Papa Ours n'est pas d'accord... Et c'est lui qui termine déguisé avec une perruque blonde et une robe rose, il est top !"

"j'ai lu avec mes MS/GS, le livre "Poupoule" de Loufane où la petite poule est amoureuse mais pas du coq comme toutes les autres. On découvre progressivement et c'est confirmé à la fin que la poule est amoureuse du renard."

" je suis contre ces gens qui refusent l'instruction républicaine afin que leurs enfants ne soient pas mélangés avec la racaille du peuple et les enseignants incompétents dans des écoles où leurs enfants seront de temps en temps sanctionnés ou où les méchants vaccins sont obligatoires."

"Pour le spectacle de fin d'année, les élèves ont commencé à apprendre le contraire de tout des orgres de Barback, il y a des gros mots dedans con et cul .... Est ce que les parents du groupe ca vous choque?"
-"J'ai fait ça avec une chanson de Mika tout en expliquant aux élèves que le mot connard je savais qu'ils connaissaient mais que devant leurs parents c'était pas très correct"

"Je suis dans une école avec un public de zep en CE2, un tiers de ma classe sait à peine déchiffrer, et a de grosses difficultés en mathématiques."

"j'ai un cm1 non lecteur, deux ce2 non lecteurs aussi et qui ne veulent pas rentrer dans les apprentissages, des élèves en grosses difficutés. je suis épuisée et je ne parviens pas à m'y retrouver."

"Je veux mettre en place un rallye lecture Max et Lilli l'an prochain pour mes CE1"

"J'aurai un CM1 assez faible avec des élèvesNON lecteurs et des élèves NON francophones.Comment gérez-vous la classe pour que tout le monde avance?"

"Horrible ma classe!!!! Les ce1 pas autonomes et non lecteurs...et des d'élèves vilains.. Ou des cas..."

"je fais partie de la promo 100% PES où tu obtenais le concours en juin et tu faisais la rentrée dans ta classe (ou tes classes) à 100% toute l'année sans aucune formation (surtout pour moi qui venais d'un autre master, je n'avais jamais mis les pieds ds un iufm)"

"Le plus dur pour moi est de faire croire aux élèves et aux parents que je connais le métier. Non seulement on est dans la galère pour ne pas dire plus, mais surtout faut le dire à personne."


"Une vigilance égale pour tous les enfants de la nation": vraiment? 

Mme Vallaud-Belkacem a terminé son discours en se félicitant que tous les enfants de la nation bénéficient bientôt d'une même vigilance concernant leur droit à l'éducation. 

A titre de rappel... les enfants scolarisés dans les écoles de la république ne sont absolument jamais inspectés. Seuls les enseignants peuvent l'être, et encore puisque ces inspections sont facultatives! Un enseignant de l'éducation nationale peut tout à fait, aujourd'hui en France, refuser de se faire inspecter. Son augmentation de salaire sera certes un peu plombée, mais c'est son droit. Il ne sera pas mis à l'écart pour autant et continuera d'enseigner. 

Je résume: 

-l'éducation nationale n'a aucune obligation de résultat. Elle en impose en revanche une aux écoles hors contrat et aux familles pratiquant l'école à la maison. 

-d'ailleurs heureusement pour elle étant donné ses résultats ( moins de 80% des jeunes de 16 ans sont "des lecteurs efficaces". Chiffres japd.)

-ses enseignants sont en moyenne inspectés tous les 5 ans et ces inspections sont facultatives

-en cas de mauvaise inspection ils continuent à sévir sans aucune conséquence. 

-le prof de votre enfant peut parfaitement exercer en ayant un casier judiciaire. C'est "à l'appréciation de l'administration". Dans les faits, faute de moyens, les casiers des enseignants ne sont presque jamais contrôlés. En 2015, 27 enseignants ont été radiés pour faits de pédophilie: la plupart d'entre eux a sévi durant plusieurs années. 

-enfin, 700 600 élèves scolarisés dans les écoles de la République sont victimes de harcèlement. 383 000 enfants le sont "sévèrement". C'est un enfant sur 10, et c'est eux qui le disent



Alors non, Madame Vallaud Belkacem, la vigilance aujourd'hui est loin d'être égale pour tous les enfants de la nation.