vendredi 13 janvier 2017

Homeschooling et intendance: comment concilier l'instruction en famille avec le ménage, les courses, les rendez-vous...

Quand je parle du homeschooling, la question qui revient sans cesse porte sur les tâches ménagères: "comment fais-tu, avec quatre enfants non scolarisés, pour faire les courses, le ménage... pour aller chez le médecin?" quand ce n'est pas carrément "ah non moi je préfère les savoir à l'école qu'au supermarché avec moi!". 

C'est juste une autre organisation, un autre fonctionnement. 

Ca me fait penser à cette blague qui circule dans le milieu homeschool: 
"Savez-vous comment une famille de homeschoolers change une ampoule? D'abord la mère emprunte à la bibliothèque trois livres sur l'électricité, puis les enfants construisent des maquettes d'ampoules, lisent la biographie de Thomas Edison et préparent un dossier sur sa vie. Ensuite chacun étudie l'histoire de l'éclairage, et la famille organise un atelier "confection de bougies". Puis la famille au grand complet se rend au magasin pour comparer les différents types d'ampoules ainsi que leur prix et leur rentabilité par rapport à leur longévité. Ils n'oublient pas de calculer le montant de la monnaie en sachant que les deux ampoules sont à 3€20 et qu'ils règlent avec un billet de 5€. 
Sur le trajet du retour ils partent dans un grand débat sur l'histoire de la monnaie et sur l'architecture classique, puisque le billet de 5€ en montrait une arche. Enfin, après avoir confectionné une échelle maison à base de branchages ramassés dans la forêt... l'ampoule est installée!"

Et bien c'est exactement ça... pour tout! En homeschooling toutes les petites choses du quotidien sont mises à profit. 

Les courses

Je ne vais plus au supermarché depuis plusieurs années. Quand je suis vraiment obligée d'y passer brièvement j'en ressors avec une migraine épouvantable et une horrible sensation de malaise vis à vis du nouvel esclavage qui s'y déroule et de la quantité de déchets engendrée par ce mode de consommation. Au fil du temps j'ai ressenti le besoin d'être plus cohérente dans mon mode de vie. Si le supermarché n'était pas un bon endroit pour mes enfants, il ne l'était pas pour nous non plus. J'ai d'abord opté pour le "drive", avant de me rabattre sur les magasins bio, maraîchers, épiceries en vrac, ruches... 


Je vous entends déjà me dire que c'est bien joli mais pas à la portée de n'importe quelle bourse. Mais papa homeschooler aime bien les chiffres et les budgets bien gérés: les produits "bio" et locaux sont effectivement plus chers mais nous n'avons pas pour autant augmenté notre budget courses pour autant. Nous n'achetons presque plus aucun produit transformé et nous gérons beaucoup mieux nos stocks: menus, listes de courses. 


Les enfants m'accompagnent presque systématiquement auprès des producteurs et des magasins bio, mais nous n'y allons pas pour "faire le plein" comme nous le faisions autrefois au supermarché. Nous y allons pour échanger, chercher la qualité, découvrir de nouveaux produits, pour soutenir une économie locale...

C'est essentiel d'apprendre à se nourrir et à consommer intelligemment! 

En cherchant des petits producteurs nous avons découvert de très belles exploitations près de chez nous. C'est passionnant! Acheter en vrac leur donne l'occasion d'estimer des poids et des quantités puis de les peser pour vérifier. Consommer bio et local leur permet de savoir ce qui pousse près de chez nous à chaque saison et d'adapter leurs comportements en fonction: non, nous ne pouvons pas faire de charlotte aux fraises pour ton anniversaire en février, mais à nous les tartes au citron meringué, les gâteaux aux pommes, les fondants au chocolat!


Le ménage

J'ai toujours été choquée par la présence de personnel de ménage dans les écoles: trente cinq personnes dans une pièce, aussi petites soient-elles, ne peuvent-elles pas faire le ménage elles-mêmes? Quand j'ai soulevé la question avec une enseignante elle m'a répondu "on n'a quand même pas fait des études pour faire le ménage, et les enfants ont plus important à faire que de passer la serpillère, sans parler des produits d'entretien toxiques". Wow, il y a du boulot! 

Prenons le Japon par exemple vous ne trouverez pas une seule femme de ménage dans les écoles: les enfants, dès tout petits, nettoient eux-mêmes leurs locaux, avec l'aide de leurs enseignants. Le ménage est fait tous les soirs par une petite équipe de cinq écoliers, avec un roulement d'équipes organisé. Et ils ne nettoient pas que leur salle de classe: toute école y passe, même les toilettes, la piscine, les extérieurs... Et la veille des vacances toute l'école s'y met pour un grand ménage général. Ce n'est pas "indigne", ce n'est pas non plus une perte de temps. Cela apprend juste l'humilité. J'ai sali, il est normal que je nettoie: je ne compte pas avec condescendance sur la bonne de l'école pour faire le "sale boulot" derrière moi. Pour couronner le tout ils excellent dans les classements internationaux: preuve que faire le ménage n'empiète pas sur le temps d'étude, au contraire!


Alors quand on me dit "je préfère que mes enfants soient à l'école qu'à faire le ménage avec moi à la maison" j'ai juste envie de répondre "pas moi". Déjà parce que ça va très vite le ménage quand on s'y met à 5, ça n'empiète jamais sur le temps d'étude et il leur reste tout de même énormément de temps libre! Et ensuite parce que je ne voudrais justement pas qu'ils passent leurs journées à salir une salle de classe sans même penser à la personne qui viendra nettoyer derrière eux pour un salaire de misère. Et pour répondre au problème de la toxicité des produits ménagers: une maison peut se nettoyer du sol au plafond avec du savon de Marseille, du vinaigre blanc, de l'eau et de l'huile de coude! 

Alors je ne prétendrai pas que ma maison est toujours nickel, loin de là! Mais en demandant à chacun de ranger et en répartissant les tâches on y arrive. Même au niveau du linge: il suffit d'avoir des panières séparées et un planning avec un jour de machines pour chacun. Les plus petits auront bien sûr besoin d'aide mais dès huit ans un enfant est parfaitement capable de gérer son linge sale tout seul (faire sa machine hebdomadaire, l'étendre, puis ranger son linge dans son armoire). C'est formateur pour tout le monde: les tâches ménagères font partie du homeschooling!


Les rendez-vous

Il n'y a pas tant de rendez-vous que ça!
Je groupe en début d'année les check-ups chez le généraliste, histoire de fusiller son bloc d'ordonnance en lui demandant dix mille certificats d'aptitude pour les uns et les autres. J'ai opté pour une banque en ligne joignable par téléphone à toute heure. Et pour tous les rendez-vous de "spécialistes" (ophtalmo, dentiste...) je groupe tout sur une ou deux journées pendant les vacances de mon mari... ou j'emmène toute la smala avec des livres sous le bras. Au final nous ne sommes pas dans les heures de sorties de classe, nous avons donc le temps de discuter avec des professionnels de toutes sortes: ça fait aussi partie de la vraie vie!

Et vous, quelles sont vos astuces? Les enfants participent-ils aux courses et au ménage? 

mardi 10 janvier 2017

Préparer son inspection

Petit rappel: le homeschooling en France est soumis à deux contrôles. 
-le contrôle de la mairie, effectué en théorie tous les deux ans, sensé vérifier que l'enfant ne vit pas dans un squat entre un gourou et une marâtre esclavagiste. Aucun délai légal n'est prévu (dans notre cas nous l'avons su le vendredi pour le mardi). 
-et le contrôle annuel de l'académie, destiné à vérifier que votre enfant est instruit... et que cette instruction respecte les paliers du socle commun. Vous devez être prévenus plus d'un mois à l'avance. 

En six années d'école-maison nous avons été inspectés une fois par l'académie et une fois par la mairie. J'imagine que cela s'est plutôt bien passé étant donné qu'ils n'ont pas jugé bon de revenir. 

On m'écrit régulièrement des messages affolés pour savoir comment préparer ces contrôles. Certaines familles ont entendu parler de dossiers pédagogiques à préparer et me demandent comment s'y prendre. Je ne prétends pas détenir la solution, elle est propre à chaque famille, mais je peux témoigner de la façon dont je prépare ces inspections. 


1-Le contrôle de la mairie

Une maison nickel

Etant donné qu'ils viennent jeter un oeil sur le cadre de vie de l'enfant... la maison doit bien sûr être impeccable (mais c'est toujours le cas hum hum...). Pas besoin de vivre dans un palace ultra moderne bien sûr, mais que ce soit propre et rangé, quand même... 

Bref, ça brillait de nickelitude. La haie de lauriers n'avait pas une feuille de travers, j'avais disposé des fleurs fraîches dans les vases, confié les petites soeurs aux grand-parents (les moins de six ans ne sont pas concernés donc autant qu'ils ne soient pas là: on gagne en sérénité!). Les garçons étaient habillés "ché-bran" (oui, on peut être cool sans aller à l'école), j'étais lookée comme Inès de la Fressange, la machine à café était prête à faire un expresso de la mort qui tue... et nous étions tous bien détendus. 


Pas de signes religieux

Nous avons fait le choix de garder notre religion le plus en dehors possible de l'inspection: personnellement je pense que si vous avez dans le salon un coin prière ce serait peut être bien de le ranger ce jour là. Tout comme ce n'est pas forcément le meilleur jour pour arborer vos plus belles croix ou que sais-je encore: on ne sait pas qui va venir, et en France la religion est un sujet sensible, surtout dans le cadre du homeschooling. Il ne s'agit pas de renier quoi que ce soit, juste de veiller à ne pas choquer quelqu'un dont on ne connaît pas les convictions: ce serait ballot. 

Pas non plus d'entraînement particulier pour les enfants!

Et enfin je sais que certaines familles entraînent les enfants à répondre à différentes questions mais pour notre part nous avons préféré ne pas spécialement préparer les enfants à l'entretien, pour qu'ils soient les plus naturels possibles. Je leur ai simplement rappelé d'être polis, sym-pa-thiques, et de ne pas hésiter à dire "je ne sais pas" plutôt que de répondre n'importe quoi!

Se faire inspecter n'est agréable pour personne mais la dame qui est venue était très positive et sympathique. Je lui ai tout de suite proposé de s'installer dans le salon, plus convivial... et ça s'est très bien passé! Nous avons beaucoup ri, les enfants étaient heureux de discuter de leurs passions, voyages, lectures... Elle a trouvé nos choix de vie fabuleux, et nous avons au final passé un très bon moment!

2-En bonus pour le contrôle de l'académie

Ca se corse! 

L'inspecteur vient non seulement regarder votre cadre de vie (qui, comme toujours, naturellement, scintille, sent bon les fleurs coupées et résonne de petits chants d'oiseaux mélodieux....), mais aussi évaluer la qualité de l'instruction que vous dispensez à vos enfants. Il va donc, comme il ne le fait jamais pour les enfants scolarisés, interroger vos petits pour savoir si oui ou non vous faites du bon boulot (du bon boulot... selon lui). Il ne faut pas oublier non plus que l'inspecteur d'académie est juge et partie: dans presque tous les cas il est par principe fondamentalement pour la scolarisation et contre le homeschooling. L'éducation nationale c'est toute sa vie: à moins d'être vraiment blasé il croit fermement "qu'instruire c'est un métier". Il a aussi l'habitude de s'adresser à des profs dont il est le supérieur hiérarchique et dont il décide de l'avancement: ce n'est pas quelqu'un qui a l'habitude d'être souvent contredit.

Dooooonc... cette fois-ci on marche sur des oeufs, il va falloir être bon et sûr de soi!

Pas de "dossier pédagogique"

J'avais envoyé un court mail à l'adresse indiquée sur le courrier, pour préciser un petit peu le contexte: le nom de nos cours par correspondance, les matières étudiées et les activités sportives suivies.
Il n'a pas été lu.
La prochaine fois je ne le ferai donc pas.

Je n'avais pas non plus préparé de "dossier pédagogique" et je ne le ferai pas. J'ai même lu que certaines familles préparaient des "fiches de prep" à montrer à l'inspection! Dans le jargon éducation nationale, ce sont des fiches destinées à préparer chaque cours, avec ce que chacun doit dire, les exercices à réaliser, les objectifs visés (pardon, les "compétences transversales et les compétences disciplinaires")... Bref, faites comme il vous plaît mais personnellement si je fais du homeschooling ce n'est vraiment pas pour me la jouer "iufm". Ils viennent vérifier que l'enfant bénéficie bien d'une instruction: pour cela ils ont juste besoin de voir les cahiers et de discuter un peu avec vous. Nul besoin de leur rédiger un dossier complet qu'ils ne liront pas. Vraiment, je préfère garder mon énergie pour autre chose. 
Bref: restez-vous mêmes, et faites simple!

Un mois de révisions

Le mois précédent l'inspection nous avons simplement travaillé un tout petit peu plus, afin de consolider certaines choses. Ca n'a pas servi à grand chose le jour de l'inspection étant donné la facilité des questions qui ont été posées à mon fils mais ça n'a pas été fait pour rien non plus: ce temps de révisions a été très bénéfique pour la suite! 

Être calé sur les attendus des programmes de l'éducation nationale

J'avais imprimé les programmes de l'éducation nationale (oui, ceux qu'on ne suit pas) afin de connaître point par point ce qui est attendu d'un enfant scolarisé du même âge. Je savais sur quels points nous étions en avance. Je savais aussi ce qui pouvait éventuellement m'être reproché, et j'y étais préparée. 

Avoir la routine sous la main

Je lui ai simplement montré nos deux feuilles de "routine", celles qui sont en permanence sur le frigo: la routine hebdomadaire (avec les activités des uns et des autres et les créneaux dédiés à l'école-maison), et la routine quotidienne (qui change régulièrement: ici, ici ou ici)

Des cahiers et classeurs ordonnés

Tout était prêt dans le chariot habituel, rangé par matière. Elle n'a pas vraiment prêté d'attention aux supports, ou juste pour dire que c'était vieillot ou "pas du tout comme on fait aujourd'hui". Elle essayait surtout de nous coincer "que faites vous en numération? Vous faites de la géométrie? Avez vous du matériel de manipulation? Et l'eps? Fait-il bien des sports collectifs?... Point par point je dégainais les cahiers ou les explications. Elle ne s'est pas vraiment intéressée à ce que je lui montrais: quand elle voyait qu'il y avait de la matière sur le sujet abordé, elle passait aussitôt à autre chose.

Bref: si les cahiers sont bien gérés au quotidien et que l'enfant bosse, vous aurez juste à les présenter, ça suffira amplement!

Un "cahier de sorties"

Je tiens un "cahier de sorties" par enfant, par plaisir et en prévision d'une éventuelle nouvelle inspection. J'y colle tous les billets de concerts, tickets de musées, tracts de conférences, billets d'avion ou de train, parfois une photo en l'absence d'autre document... Bref, de quoi attester de nos différentes sorties et activités culturelles, parce qu'à froid on a tendance à oublier. C'est aussi dans ce cahier que je colle les bilans de leurs écoles de sport, certificats de passages de ceintures, leurs brevets de natation etc... 

Une liste de lectures

Chaque enfant a une feuille dans son classeur sur laquelle il note les livres lus. Ca ne prend pas énormément de temps, et ça laisse une trace le jour d'une éventuelle inspection. 

Une liste de narrations

Pour les familles "Charlotte Mason" la narration occupe une large place dans le quotidien. Pour garder en mémoire les différents textes étudiés je les consigne au jour le jour par écrit, sur une feuille glissée dans leur classeur. J'ai tenté d'expliquer un peu la pédagogie Charlotte Mason, mais elle n'était pas vraiment intéressée par ce que nous faisions (elle cherchait plutôt ce que nous ne faisions pas, d'où l'intérêt d'avoir des choses à présenter ou des arguments pour chaque point du programme de l'EN)

Relire la loi en vigueur

J'avais attentivement relu la loi et je connaissais les décrets, pour être armée au cas où. J'avais les textes principaux imprimés, à portée de main, prêts à être dégainés si besoin. J'ai aussi reçu l'aide précieuse de nos cours par correspondance, qui ont avec les années accumulé beaucoup d'expérience et qui m'ont vraiment mise en confiance vis à vis de cette inspection. Je savais qu'en cas de problème, je pouvais me tourner vers eux. Je bénéficiais aussi du confort de pouvoir répondre "ce n'est peut être pas ainsi que les écoles que vous inspectez fonctionnent aujourd'hui, mais c'est ainsi que notre cours fonctionne. Or il est agréé par le rectorat de Paris": cela coupait court à toute objection. Rien que pour ce confort je continuerai à prendre des cours par correspondance. 

Et vous, comment préparez-vous vos inspections?

mercredi 14 décembre 2016

L'enfant malade et la scolarisation

Les petites maladies des enfants

En déscolarisant vos enfants vous espériez échapper aux microbes?  Désolée mais c'est loupé:entre les clubs sportifs et les diverses activités culturelles on n'échappe pas aux petites maladies. Les enfants non-sco font donc eux aussi leur immunité, même s'ils sont sûrement moins souvent malades que leurs homologues scolarisés. Mais lorsqu'un enfant est malade je n'hésite pas à lever le pied le temps qu'il se rétablisse. C'est l'un des gros avantages du homeschooling: la liberté de pouvoir s'arrêter.

Lorsqu'un enfant scolarisé rate une semaine d'école, la maîtresse n'attend pas: la classe continue sa progression. Chaque jour d'absence est donc un jour de travail à rattraper. Mais en homeschooling les enfants prennent le temps de se remettre sur pieds. Une fois guéris ils reprennent tranquillement à l'endroit exact où ils s'étaient arrêtés.

Les petites maladies des parents

Parent de petit homeschooler, ne rêve pas: ton enfant peut avoir la grippe, mais pas toi. Tu ne peux pas. Si tu flanches, tout flanche avec toi. Si tu étais tenté à l'idée de tomber malade, pense à l'état de ta maison après plusieurs jours d'alitement. Tu vois, ça va tout de suite beaucoup mieux! Sport, jus d'orange pressée au petit déjeuner, vie saine: pour assurer auprès des enfants commence par prendre soin de toi!

Mais si malgré toutes ces précautions ton corps, en bon scélérat, venait à te trahir: lève le pied. Comme tes enfants: prends le temps de te remettre. J'ai testé le homeschooling avec la grippe, parce qu'il fallait "avancer"... mais ce n'est pas franchement une expérience à renouveler. Tu es malade? Range les cahiers: je suis sûre que les petits ont justement besoin d'enrichir leur culture cinématographique!

L'hospitalisation d'un enfant non-scolarisé

J'ai appris, à l'occasion de l'hospitalisation d'un de mes enfants, l'existence de "l'école à l'hôpital". Comme un homeschooler averti en vaut deux, voici ce qui risque de vous arriver:

A peine arrivés dans le service pédiatrique, après une nuit épouvantable et alors que nous avions franchement d'autres soucis, nous avons reçu la visite d'une institutrice pour remplir une fiche de renseignements sur mon enfant: classe, établissement scolaire et nom de la maîtresse. Elle souhaitait organiser sa scolarisation à l'hôpital et m'informer qu'elle passerai chaque matin lui faire classe dans sa chambre jusqu'à ce qu'il puisse se déplacer pour aller en classe avec les autres enfants de l'hôpital. 


Et comme je sais à quel point vous adorez cette facette du homeschooling qui consiste à débattre, se justifier, argumenter et expliquer... je vous épargnerai le long débat qui a suivi: "comment ça il ne va pas à l'école?", "mais pourquoi?", "à l'hôpital en tout cas c'est gratuit et obligatoire", "mais enfin, nous sommes vendredi et l'école est obligatoire!", "il a peut-être passé une nuit blanche mais puisque je vous dit que j'ai l'accord du médecin pour le faire travailler!", "vous êtes bien la première à ne pas être contente", "vous êtes qualifiée pour ça?", "dans ce cas je lui ferai juste faire un petit test pour vérifier son niveau, vous pouvez nous laisser" ... 


Evidemment je n'ai pas laissé un enfant qui ne tenait même pas debout avec une inconnue pour faire des tests de niveau. Ça s'est fini avec un mot croisé débile sur les fruits, en ma présence, pour la "rassurer" sur ses capacités en lecture et en écriture et acheter -enfin!- notre tranquillité à tous les deux. Tranquillité obtenue après un nouveau petit débat sur le fait qu'à 7 ans il ne savait pas qu'un mot croisé se remplit en majuscules d'imprimerie et non en cursives.


Mais surprise: quelques jours après notre retour à la maison, soit une semaine avant les grandes vacances, j'ai reçu un appel étrange de l'inspection académique affirmant-à tort- que nous n'étions pas en règle étant donné que nous n'avions pas été inspectés durant l'année scolaire! Nous devions scolariser nos enfants pour les trois derniers jours d'école ou risquer une amende exorbitante. Sauf que... nous étions parfaitement en règle. Et nous ne sommes bien sûr pas responsables de l'absence de contrôle: c'est à l'académie d'y veiller, pas à nous. 
L'inspection académique a refusé de me dire comment ils avaient obtenu mon numéro de portable et pour cause: ils n'ont pu l'avoir que par l'intermédiaire de l'hôpital. Nous n'avons plus eu de nouvelles d'eux suite à cet étrange appel. 

Alors si d'aventure cela devait vous arriver sachez que non, en France l'école n'est pas plus obligatoire à l'hôpital qu'ailleurs. Vous avez le droit de continuer à assurer le homeschooling en milieu hospitalier, tout comme vous avez le droit de décréter que votre enfant peut lever le pied sur ses apprentissages le temps de guérir. Vous n'êtes pas non plus soumis au calendrier scolaire sous prétexte que l'enfant est hospitalisé: vous avez parfaitement le droit de le mettre en vacances mi-septembre ou encore de ne pas étudier un mardi.

Depuis quand inflige-t'on une telle pression aux enfants? Vous devriez pouvoir bénéficier d'un trimestre ou d'une année sabbatique le temps de remettre votre bout de chou sur pieds, sans subir la moindre pression. "Redoubler" pour guérir n'a absolument aucune importance. N'importe quel adulte hospitalisé a droit à un congé maladie, sans qu'on vienne le saouler avec des factures et des bilans: un enfant aussi a le droit de lever le pied!

L'école à l'hôpital est peut-être une chance pour certains enfants malades, mais contrairement à ce qui est écrit un peu partout elle n'est absolument pas obligatoire. Sachez aussi qu'à l'hôpital plus que n'importe où vous êtes vraiment attendus au tournant: tout ce qui sort de l'ordinaire en matière d'éducation est sujet à soupçons. Si vous réussissez à éviter d'aborder la question du homeschooling, faites-le! 

mardi 13 décembre 2016

Des activités autour d'Helen Keller!

Notre planning de voyages autour du monde nous a emmenés récemment aux Etats-Unis. Et comme il y avait vraiment trop à dire et trop à faire, le voyage s'est largement prolongé!


Au programme: hamburgers maison, lecture de la case de l'oncle Tom, après-midis pluvieuses devant la petite maison dans la prairie,... et puis les choses ont pris une direction que je n'avais pas du tout prévue! Je pensais cow-boys et indiens, guerre d'indépendance, constitution, Captain America, gastronomie, New-York, Charlie Chaplin... Mais pendant que les deux grands se passionnaient pour les élections Clinton vs Trump, c'est Helen Keller qui a le plus retenu l'attention des petites de 4 et 6 ans. Alors nous avons lu toute son histoire en narration...

Au fil des semaines les filles se sont mises spontanément à errer dans la maison les yeux bandés et les oreilles bouchées grâce à un casque anti-bruits.

Nous avons sorti, comme Ann Sullivan, l'alphabet rugueux. Je l'avais en stock depuis des années sans vraiment m'en servir. J'ai appris à cette occasion qu'il était utilisé bien avant Maria Montessori, pour enseigner la lecture aux enfants déficients visuels. Les filles ont joué à se bander les yeux et à deviner de quelle lettre il s'agissait. 

Puis elles ont appris l'alphabet manuel qui se trouvait dans le livre d'Helen Keller, et elles ont commencé à s'épeler des mots entre elles. L'idée de pouvoir s'échanger des secrets devant les grands frères était vraiment trop tentante. 

Pendant les courses nous avons cherché ensemble les étiquettes en braille...

Comme l'intérêt ne faiblissait pas et qu'elles commençaient à tester l'écriture en braille à coups de compas sur leurs feuilles (décidément, cette table doit vraiment m'en vouloir à mort de m'être lancée dans le homeschooling)... il a fallu commander une petite ardoise en braille.


Et grâce aux bonnes idées d'Eve la maison s'est remplie de la mélodie d'On écrit sur les murs en LSF, les enfants apprenant progressivement à en copier les gestes.

Nous avons poursuivi par l'écoute, en voiture, de l'histoire de Louis Braille, l'enfant de la nuit, et par une après midi devant le très beau film sur la "Helen Keller française": Marie Heurtin.

J'avais peur que les filles, en plein apprentissage de la lecture et de l'écriture, s'emmêlent les pinceaux en apprenant un autre alphabet. Je me suis vite aperçue que non seulement elles ne mélangeaient rien du tout, mais qu'elles ont même décollé en lecture et en écriture! A ma grande surprise cette passion dévorante pour Helen Keller est venue alimenter leurs propres apprentissages sur les sons et les syllabes. Plus surprenant encore: écrire le braille de droite à gauche, en "miroir", a énormément aidé à régler les problèmes d'écriture de la plus grande, gauchère, qui avait tendance à inverser les lettres. 



Autres ressources:
Elix, le dictionnaire vivant en LSF
L'histoire d'Elen Keller
Louis Braille l'enfant de la nuit
Ardoise pour écrire le braille
Lettres rugueuses
Le film Marie Heurtin
Le clip On écrit sur les murs en LSF

mardi 6 décembre 2016

École-maison: le bêtisier du jargon pédagogique

Voilà pas mal d'années maintenant que je baigne dans le vocabulaire du homeschooling en France.  Certes, en nous tenant à distance des écoles nous limitons les dégâts: svt, nap, eps, emc, rep... Les acronymes de l'éducation nationale c'est comme les compositions florales, ça marche toujours par trois. J'ai même récemment été interrogée par une amie instit sur ce que nous faisons en DDM ("mphm? ah! en géographie!").

Mais je ne peux que constater à quel point il ne suffit pas de ne pas scolariser ses enfants pour éviter le jargon façon éducation nationale.


IEF (oui, "l'ieuèfe") 

-Déjà ça ne veut rien dire. Ce n'est pas parce que l'enfant n'est pas scolarisé qu'il est forcément instruit par sa famille. Oui parce que Ief, comme chacun ne le sait pas, est l'acronyme d'instruction en famille. Et comme nous vivons dans un monde doté d'une créativité débridée en matière d'appellations il se trouve que c'est aussi celui de l'institut européen de formation, de l'institut d'électronique fondamentale, des industries en France, de l'institut européen de français, ... )


-ensuite "ief" c'est à peu près aussi glamour que le nom de la caisse de retraite de ma grand-mère. 



-et puis summum de l'horreur: à l'oral on commence à entendre "ieufeur" (personne qui pratique l'IEF) ou le verbe "ieufer" ("Un running demain matin? Nan, je peux pas, j'ieufe de 9h à midi").

Alors ici nous avons opté pour "homeschooling" tout simplement parce que c'est un terme que tout le monde comprend du premier coup et qui englobe toutes les façons de faire: du unschooling à l'école à la maison. Et quitte à choisir un terme francophone, j'opte sans hésiter pour l'appellation québécoise: vive l'école-maison! 

TPS, PS, MS, GS, cp, ce1, ce2, cm1, cm2, 6ème... , seconde, première, terminale

Mais quel cerveau malade a bidouillé un truc pareil?

Allez expliquer à un étranger notre système de classes: c'est incompréhensible! Ne cherchez plus d'où vient la surconsommation énergétique liée à internet, il suffit de voir le nombre de messages de parents totalement paumés dans les équivalences de classes France/étranger. 

N'importe quel pays sensé commence en "première" vers 6 ans (first grade), pour passer son bac en "douzième année". Mais en France on aime faire compliqué quand il suffirait de faire simple: les acronymes se succèdent en maternelle et en primaire, avant de passer à un système numérique décroissant (pourquoi décroissant?); système numérique qui sonne comme un mauvais cancer et finit en phase terminale. Mais terminale de quoi? Vous avez terminé quelque chose vous en terminale? Et est-ce que ça veut dire qu'un enfant qui part en apprentissage et donc bifurque sur une autre voie avant le lycée n'a pas "terminé"? En plus les appellations des classes de primaire ne correspondent même plus aux nouveaux cycles.



"Moi président", ma première action serait de faire sauter tout ce charabia digne du référentiel bondissant et de faire commencer l'apprentissage de la lecture en "première année". D'ailleurs je tire mon chapeau au premier cours par correspondance ou à la première école libre qui aura le courage de se libérer des noms de classe "éducation nationale".


La "maternelle"

Qui a eu l'idée d'appeler l'école des 2-6 ans "école maternelle"? En 2016 il n'y a pas plus absent des écoles que les mères. Dans certains établissements les parents n'ont même plus le droit de franchir le portail pour cause de vigipirate. Est-ce une recherche de substitution de la mère? Est-ce pour rassurer les parents? Est-ce parce qu'au fond on sait bien qu'ils sont trop petits pour se passer de papa/maman? Et puis pourquoi "maternelle"? Que dans une maternité on devienne mère, ça a du sens. Mais quel est le rapport entre l'école et les mères? Et puis si vous saviez le nombre de papas géniaux que j'ai croisés, qui assurent à fond dans l'instruction de leurs petits bouts, mon mari en tête! Sans parler du nombre d'instits masculins extras qui pourtant n'ont rien de "maternel".


A l'étranger on appelle ça:


-le jardin d'enfant (c'est autrement plus poétique non? Mais... ça ferait bizarre étant donné que nos cours et nos préaux bitumés n'ont plus grand chose à voir avec un jardin)

-ou l'école préparatoire (preschool). Sauf qu'en France, on aime s'instruire à l'envers. Alors notre classe préparatoire, celle qui devrait normalement "préparer à aller à l'école"... et bien c'est après la terminale. Vous savez, après cette classe qui fait que vous n'avez rien terminé du tout!


La "maternelle à la maison"

J'entends parfois "je fais la maternelle à la maison". Je l'ai même dit moi aussi. Ca ne veut rien dire non plus: l'enfant étudie à la maison, à la rigueur, on l'instruit en famille... 

J'ai aussi lu des débats houleux au sujet des enfants de moins de trois ans: "avant 3 ans ce n'est pas du homeschooling, c'est juste normal". Quelque chose change dans la tête des gens le premier septembre de l'année des trois ans de l'enfant. Un peu comme un yaourt à minuit une le jour de la date de péremption: désolée de vous l'apprendre mais en une minute, comme un vulgaire petit suisse, vous êtes passés de "normal" à "un peu louche". 


Mais amis louches, ieufeurs sachant ieufer et autres pros de la maternelle à la maison: chez les petits homeschoolers on vous aime quand même! 

lundi 5 décembre 2016

Noël: nos idées de cadeaux

Je reçois toujours énormément de mails, et je n'ai pas le temps de vous répondre à tous. J'en suis sincèrement désolée: les journées sont affreusement courtes! Mais je ferai prochainement un article pour répondre aux questions qui reviennent le plus souvent. En attendant, depuis quelques semaines une interrogation revient souvent: qu'offrir d'utile à Noël? 

Les enfants d'aujourd'hui croulent sous les jouets. Jeux vidéo, jouets "high tech" à piles, gadgets envahissants... les maisons sont surchargées. Et tout ça pour rien étant donné que les enfants se lassent extrêmement vite de tout le superflu. Voici nos 10 idées de cadeaux beaux, durables, et vraiment enrichissants. 


1. Un jeu de société

Nous commençons à avoir une ludothèque bien garnie. On fait aujourd'hui de pures merveilles en matière de jeux de stratégie. Offrir un jeu de société c'est aussi la promesse de pas mal de soirées à rire ensemble! Voici notre top, pour chaque catégorie d'âge:

Pour les petits: le petit verger, Docteur Maboul (fantastique pour la petite motricité), puissance 4,  qui est-ce, Monza, gagne ton papa, Carcassonne, Crossing, hippo-gloutons, les héros de Kaskaria, ...


Pour les grands enfants, ados et adultes: Pandémie, New-York 1901, Smallworld, 7 wonders, Dominion, Zombicide, Mysterium, Mare Nostrum, Abyss, Mémoire 44, ... 


2. Des livres

C'est le moment rêvé pour une intégrale d'Harry Potter, pour ces romans de science fiction dont rêve le grand ou encore pour ce superbe recueil de contes de fées. L'offre est si riche et les goûts varient tellement d'un enfant à l'autre qu'il est difficile de conseiller tel ou tel livre. On peut néanmoins s'inspirer de notre top 10 littéraire pour lecteurs débutants, ou de cette liste de living books


3. Un Kindle

A la maison nous en avons un par personne. C'est notre cadeau pour chaque enfant lorsqu'il devient lecteur. Le Kindle est un outil absolument fantastique: la lecture est reposante, tous les grands classiques sont gratuits, c'est facile à trimballer dans le sac de sport ou dans la poche...  Bon et puis c'est plus agréable que la combinaison "gros bouquin + lampe de poche" (vous savez, à minuit, en douce sous la couette pour finir Les Fiancés de l'Hiver...)! 

Nous avons différents modèles, mais je préfère vraiment la kindle paper white


4. Des déguisements

Faits-maison, c'est encore mieux! Notre malle est remplie de costumes usés jusqu'à la corde: c'est génial pour imaginer, rêver, jouer... Je pense qu'entre 2 et 7 ans les enfants ont plus porté leurs déguisements que leurs propres vêtements!


5. Du matériel pour les travaux manuels

Tricotin, métier à tisser, boîte de pastels, coffret d'aquarelles, machine à coudre pour les plus grands...


6. Du matériel de sport

Un kit de tir à l'arc (notre décathlon à flèches ventousées a servi tous-les-jours!), un skate-board/vélo/trottinette, de beaux accessoires pour la discipline sportive qu'ils pratiquent, une slackline pour entraîner son équilibre, un punching-ball pour se défouler, des kettle-bells pour la muscu des grands, un masque de snorkeling en prévision de la belle saison, une tenue de running... 


7. Des vêtements

... parce que c'est toujours utile et que c'est agréable, même en homeschooling, de porter des vêtements neufs. Surtout quand on est le petit dernier et qu'on a l'habitude de récupérer la garde-robe des grands! Un beau pull chaud, cette paire de chaussures de skate dont elle rêve, la petite robe qu'elle avait aperçue en vitrine ou encore ce bonnet dont il a besoin..


8. Une sortie

Des places pour un concert, un abonnement à l'opéra, un bon pour une virée en famille... 


9. Une jolie maison de poupées

Nous avons eu un coup de coeur récemment pour la maquette de maison victorienne Usborne. Le livre qui accompagne la maison est très bien fait: c'est un vrai reportage sur la vie bourgeoise en Angleterre à la fin du XIXème. Il existe le même coffret en version château fort. C'est du carton fin donc à manipuler avec précaution mais nous les avons depuis plusieurs mois et ils sont encore debout!


En version plus solide et durable, Ikea fait une très belle maison en bois, d'une taille parfaite pour héberger des sylvanians. 

10. Un petit ipod shuffle

Equivalent moderne du "Walkman" que nous trimballions partout quand nous étions petits, l'ipod se branche sur des enceintes ou sur des écouteurs. Nos petits homeschoolers s'en servent pour écouter leurs musiques préférées, mais aussi pour l'histoire de Bainville. ITunes propose pas mal d'audiolivres!

Avis aux petits amateurs de musique: pour les familles qui ont un abonnement spotify premium (c'est inclus dans de nombreux abonnements téléphone/wifi) c'est absolument génial étant donné que vous pouvez synchroniser vos playlists sur les ipods de vos enfants



Et vous, quelles sont vos idées pour gâter vos Petits Homeschoolers?

samedi 29 octobre 2016

Pour discuter et se rencontrer autour du homeschooling: la liste des groupes à ne pas manquer!

A moins d'être très chanceux, peu d'entre nous côtoient beaucoup d'autres familles non-scolarisantes. L'éclatement géographique et le fait que nous sommes encore peu nombreux en France n'aide pas forcément à passer du temps entre "non-sco". Pourtant lorsque nous déscolarisons nos enfants nous rencontrons fatalement divers problèmes que seuls des parents ayant vécu la même situation peuvent comprendre.


Alors pour discuter, échanger, se réjouir ou même lâcher du lest, de nombreux groupes de discussion ont vu le jour ces dernières années sur Facebook. Voici la sélection des petits Homeschoolers:


Un groupe généraliste, avec plein d'infos et notamment un annuaire de tous les groupes régionaux:
Homeschooling, instruction en famille, école à la maison, le groupe!

Pour les familles qui font du formel:
IEF, échanges et partages sur le formel

Pour parler de unschooling:
Unschooling en France

Pour papoter autour de la pédagogie Charlotte Mason:
La pédagogie Charlotte Mason pour les francophones

Pour se plaindre, se réjouir, et décompresser les mauvais jours:
Bulle IEF

Et pour se retrouver un peu entre chrétiens non-sco, ça se passe du côté des
Chrétiens pour l'IEF!


Bon papotage à tous!

jeudi 27 octobre 2016

Homeschooling: réinventer les études


Comme beaucoup d'entre vous je viens de finir la lecture du best seller de Céline Alvarez

Et je dois reconnaître que ce qu'elle a fait à Gennevilliers est absolument admirable. Pour des enfants issus d'un milieu défavorisé, qui à 3/4 ans traînaient déjà leurs propres casseroles, Montessori était clairement le meilleur choix possible. J'ai beau ne pas être pour les apprentissages trop précoces, et estimer que l'école maternelle "gnan-gnan" fait souvent plus de mal que de bien... pour ces enfants là on n'aurait pu rêver mieux. Elle a su les cadrer, développer leur vocabulaire et leur apprendre à lire (ce qui a son importance quand personne à la maison ne fait la lecture aux enfants). 

Bien sûr tout n'était pas parfait. Elle reconnaît d'ailleurs bien volontiers qu'il aurait fallu faire sortir beaucoup plus souvent les enfants dehors dans la nature, ce qui lui était techniquement inaccessible. Mais elle a su prouver qu'avec de bonnes méthodes et de la bienveillance on peut faire des merveilles... même en zone d'éducation prioritaire. Il fallait le faire!

Alors admirative comme je l'étais j'ai longtemps cherché quelque chose qui soit transposable chez nous, dans notre petite instruction en famille.

Et... je n'en ai pas trouvé une seule.

Absolument tout est pensé pour un groupe d'enfants, pour un fonctionnement scolaire. A aucun moment je ne me suis vue récupérer quelque chose pour chez nous.

-Transvaser de l'eau? Il suffit de les laisser se servir à boire quand ils ont soif.
-Jouer avec des clochettes? Le piano c'est autrement plus riche.
-Apprendre à faire ses lacets et à boutonner sur un cadre? Il se trouve justement qu'ils portent sur eux des souliers et des vêtements pourvus de fermetures en tout genre...
-Nettoyer les feuilles des plantes vertes? C'est un bon substitut de nature dans une classe, mais à la maison un bac pour faire pousser des légumes c'est quand même plus complet.
-Plier du tissu? Ils le font déjà tous les jours en pliant leurs vêtements.
-Scotcher des dizaines d'étiquettes partout pour prouver qu'on a compris ce qu'on vient de lire? Génial pour dégager du temps pour l'enseignant mais la vérification de la compréhension se fait déjà naturellement quand on apprend à lire sur les genoux de ses parents.
-...

Bref: les nombreuses activités proposées sont très marrantes et efficaces dans une classe, et j'imagine qu'elles sont fabuleuses pour combler un déficit de vie familiale normale... mais sont-elles vraiment utiles ou même cohérentes à la maison avec des parents impliqués, instruits et francophones? 

A contrario je n'ai absolument rien trouvé dans le livre sur l'éveil culturel des enfants. Rien sur les lectures si ce n'est quelques albums ludiques, rien sur d'éventuelles sorties à la ferme, autour d'un monument, à la piscine ou au musée, rien non plus sur le sport ou sur le temps passé à l'extérieur... autant d'aspect fondamentaux en école à la maison.

Au final j'ai été rassurée quand elle a abordé la question de l'application de ses principes à l'école à la maison. Pour l'avoir vue mise en pratique dans des familles elle est on ne peut plus claire: elle n'est pas contre le homeschooling mais la pédagogie Montessori est conçue POUR une salle de classe. Elle ne prend que grâce à une dynamique de groupe, grâce aux interactions permanentes de nombreux enfants d'âges différents. Piocher dans le matériel, pourquoi pas! Les lettres rugueuses par exemple sont intéressantes (même si elles ne sont pas vraiment "Montessori"). Mais faire du Montessori pur à la maison, c'est exactement comme jouer tous les jours au basket tout seul, sans équipe: il manque l'essentiel! On ne peut tout simplement pas faire fonctionner de la même manière une école et une fratrie. 

Alors à la maison... on fait quoi? 

Les américains distinguent généralement cinq styles de homeschooling. Cinq grandes tendances qui ont fait leurs preuves en instruction en famille. J'ai mes préférences, comme tout le monde, mais j'estime que toutes ces méthodes ont leur rôle à jouer selon les affinités, l'âge, l'enfant ou même le contexte:

-Unschooling (à ne pas confondre avec "informel"). Aucun programme d'étude n'est défini à l'avance, l'adulte ne fixe aucun objectif de connaissances à acquérir à telle date. L'enfant choisit ce qu'il étudie selon ses centres d'intérêt du moment. Cela peut se faire en informel uniquement (en comptant sur le bain culturel) ou -si l'enfant en fait la demande- de manière plus rigoureuse (avec livres et cahiers). Pour en savoir plus: lire John Holt, André Stern, Ivan Illich !

-Classique. Ce sont les vieilles méthodes d'antan, celles qui ont fait leurs preuves. Lecture syllabique, calcul au boulier, analyse grammaticale et logique, dictées, étude des grands auteurs, Histoire de France dès les petites classes...
Pour en savoir plus: direction les cours par correspondance Sainte Anne, Hattemer, Cefop, Sacré-coeur, Kerlann (attention, cours ponctué de très nombreuses coquilles)... Ou encore la caverne d'Ali-Baba "manuels anciens". 

-Traditionnel: ou l'école contemporaine transposée à la maison. L'enfant suit la progression de ses manuels scolaires Hatier/Belin/Nathan/... et valide, compétence après compétence, les programmes de l'éducation nationale. Le fonctionnement est basé sur des interros/QCM/polycopiés. La lecture est apprise avec la méthode mixte.
Pour en savoir plus: c'est sur le site du ministère de l'éducation que ça se passe. Côté cours par correspondance le CNED ou encore Pi sont tout indiqués. 


-Charlotte Mason, ma préférée! Plus qu'un programme, c'est une philosophie qui permet de se donner une certaine ligne de conduite et de choisir les bons supports. Ici les living books remplacent les manuels et la narration quotidienne remplace toutes les autres formes d'évaluation. Le programme d'étude est dense, articulé autour d'une routine fixe. Le temps passé en extérieur à découvrir la nature et à faire du sport est considérable. Le soucis de plonger l'enfant dans un véritable bain culturel est constant. Par exemple aucune dictée, aucun exemple ne sont jamais inventés pour coller aux difficultés étudiées: tout est pioché dans la grande littérature.
Pour en savoir plus: La pédagogie Charlotte Mason tome 1 et tome 2, mais aussi les innombrables ressources sur les blogs anglophones. 

-Unit Study. L'adulte choisit un thème qui va servir de base à tout le reste. Imaginons que le thème est la pomme. En maths l'enfant va compter des pommes. En français il apprendra les sons des mots pomme/verte/rouge/verger/chenille/tarte..., en lecture il lira Un petit trou dans une pomme, en poésie il apprendra Petite Pomme... En sciences il verra comment elle pousse et en dessin il en dessinera de toutes les couleurs. L'année se déroule ainsi, autour d'une succession de thèmes. L'unit study (qui est très en vogue, si ce n'est incontournable, dans les écoles maternelles françaises) convient souvent bien aux créatifs puisqu'il est propice à la multiplication d'ateliers, d'expériences et d'activités manuelles en tout genre.
Pour en savoir plus: Pinterest! Et tous les blogs d'enseignants de maternelle en général. 

Et vous? Comment faites vous fonctionner votre homeschooling?

dimanche 23 octobre 2016

Un film sur le homeschooling: Captain fantastic!


Une famille nombreuse élevant ses six enfants au fond d'une forêt reculée, avec pour tout matériel une grande bibliothèque et de beaux idéaux... nous ne pouvions pas passer à côté de Captain Fantastic!

Le film a rencontré un succès considérable aux USA, mais en France il semble relégué à quelques salles d'art et d'essai. La note des spectateurs est unanime: c'est un vrai bijou. Mais médias et critiques ne sont pas franchement du même avis (comme cet article "tous à l'école publique!"; france 24 ou encore critikat n'ont pas franchement apprécié non plus): Captain Fantastic dérange. 

Nous l'avons vu avec les enfants, parce que nous avons pensé que le sujet les intéressait autant que nous. Ils ont adoré mais je préfère prévenir: les dialogues sont parfois... fleuris, et certains sujets sensibles sont abordés (à commencer par le suicide de la mère)...

Attention, la suite risque de vous dévoiler l'histoire!

Une vie de Robinsons

La première partie du film est un pur régal: les enfants sont attachants, ils mènent une vie simple et passionnante. Leur quotidien est fait de parties de chasse, de toilette dans la rivière, de course à pied dans les bois, d'escalade sur des parois rocheuses, de cours de self defense, de musique autour du feu... et surtout de centaines de livres inspirants et intellectuellement stimulants (oui je n'ai pas vu l'ombre d'un album pour enfant). Ils ne fêtent pas Noël mais l'anniversaire de Noam Chomsky, sont polyglottes, étudient énormément, font des burpees tous les jours et confectionnent leurs propres vêtements.

Chaque enfant a un programme d'étude (le père est d'ailleurs surpris qu'une des filles lise un livre qui n'était pas dans son programme), dans lequel la narration tient une place centrale. Les enfants sont constamment encouragés non seulement à raconter ce qu'ils ont lu mais aussi à donner leur avis et à débattre entre eux. Rien n'est jamais "intéressant" (mot proscrit!) mais "déstabilisant", "dérangeant", "novateur"... En bref: pour un film sur des enfants non scolarisés vivant dans la forêt je m'attendais à voir du unschooling baba cool... mais non: valeurs communistes et anti-chrétiennes mises à part, c'est bien du "Charlotte Mason" version survivaliste!


Le choc des cultures

Un évènement tragique -la mort de la mère- oblige toute la joyeuse troupe à rejoindre la civilisation pour assister à l'enterrement. J'ai beaucoup aimé voir la société de consommation à travers les yeux des enfants: choqués par l'obésité et par la surabondance de tout sauf de l'essentiel. Ils sont politiquement incorrects juste en s'assumant: vêtements bariolés, idées atypiques... 

Le père, patiemment, défend son choix de vie ou esquive quand on l'accuse de maltraitance parce que ses enfants (qui ne passent pas leurs journées entre un pupitre et une console de jeux vidéo) ont des bleus et des égratignures... Je crois qu'on s'est tous un peu reconnus n'est ce pas dans le "oh non c'est parti" lorsque le policier demande "ils ne sont pas à l'école?"! Ou encore lorsque le grand père accuse le père de marginaliser les enfants, de les rendre inadaptés au monde réel. J'ai vraiment retrouvé dans le film cette difficulté qu'ont je pense tous les homeschoolers à s'assumer en permanence dans leurs choix de vie aussi atypiques soient-ils, ainsi que la lassitude d'avoir sans cesse à se justifier de faire "autrement". 

J'ai beaucoup aimé la relation de confiance entre le père et les enfants. Ils parlent de tout librement: de politique et d'alimentation comme de sexe ou de suicide. Aucun sujet n'est tabou: tout est abordé sans condescendance, avec des mots justes et précis.


La famille "standard", incarnée par l'oncle, la tante, et leurs deux affreux rejetons, offre un pendant saisissant: biberonnés aux jeux-vidéo, ne fonctionnant qu'au chantage (si tu vas jouer avec tes cousins tu pourrais faire de la X-box après"), sous-éduqués, hilares lorsque le petit cousin sorti des bois prend la marque Nike pour la déesse grecque de la victoire... Ils sont certes parfaitement adaptés à la société de consommation, mais sont-ils heureux ou même intéressants? Ont-ils ne serait-ce qu'une once de personnalité? 

Le difficile équilibre

On sent, tout au long du film, que les personnages s'interrogent sur le bien fondé de leurs choix de vie. Contrairement aux personnages "standard" ils se remettent continuellement en question. Ils sont clairement très heureux et érudits, mais le manque de culture populaire les fait constamment passer pour des excentriques. Comment s'épanouir en société quand on ignore ce qu'est le Coca-Cola et qu'on porte son trophée de chasse en guise de couvre-chef? 

J'ignore si je suis la seule à avoir rencontré ce problème, mais oui, clairement, quand vous faites du homeschooling et qu'en plus vous n'avez ni télé, ni jeux-vidéo ni même chocapics au petit déj, les enfants passent vite pour des martiens auprès des petits copains. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'apprécie qu'ils soient abonnés au journal de mickey: parce que même si je pense qu'ils n'ont pas besoin de savoir que les J.O ont eu lieu au Brésil, ça leur donne juste assez de culture populaire pour ne pas avoir à souffrir de passer pour de gentils illuminés. 

En revanche j'ai été attristée par la fin (attention, si vous ne l'avez pas encore vu vous pouvez encore arrêter la lecture!) puisque la décision est prise de trouver un juste milieu, d'aller vivre dans une maison à la campagne et d'envoyer les enfants à l'école en bus avec le lunch bag. Je les trouvais hyper attachants dans leur marginalité mais cet épilogue donne l'impression qu'il faut obligatoirement passer par l'école pour être apte à s'épanouir en société...


Les critiques lues sur le web

Dans les critiques le conditionnement idéologique revient souvent.

Certes: le père est clairement en guerre contre la société de consommation, et il transmet ses valeurs à ses enfants. Mais c'est le cas absolument partout. Une instruction sans valeurs... ça n'existe pas. A partir du moment où l'enfant est instruit des valeurs sont inévitablement transmises, heureusement d'ailleurs! Soit ce sont les valeurs de l'école (donc des valeurs politisées, qu'on le veuille ou non), soit ce sont celles des parents.

D'ailleurs ils ne vivent pas non plus sous la coupe toute puissante du père puisque leurs lectures sont variées et qu'ils sont encouragés à jeter un regard critique très personnel sur tout ce qu'ils apprennent. A plusieurs reprises ils prennent une autre position et défendent leurs convictions (mission sauver maman!). La rébellion du fils est même plutôt bien gérée: la discussion est ouverte, posée.

L'autre critique récurrente concerne les scènes d'enfants qui chassent. Mais à moins d'être vegan, je trouve plutôt plus sain de voir un enfant chasser qu'un enfant mangeant un big-mac sans même avoir conscience de la composition du steak. Nos enfants mangent leurs poules et pêchent dès 3/4 ans, c'est quelque chose qui me semble normal.

Bref: certes dans captain fantastic on est dans l'extrême, c'est d'ailleurs un choix de vie absolument impossible en France sous peine de se voir retirer les enfants par l'assistance sociale. Mais malgré tous ses petits défauts et dérapages la famille des bois m'a bien moins choquée que la famille américaine standard, engluée devant la playstation!

Et vous, qu'en avez-vous pensé? 

jeudi 20 octobre 2016

Les maths, la chimie et la génétique en BD

Lui, c'est Larry Gonick, prof à Harvard, auteur, dessinateur, mathématicien, journaliste au MIT... Non seulement c'est une tête, mais en plus il sait expliquer avec limpidité des concepts complexes histoire de les rendre accessibles au commun des mortels.

Et ces petits chefs d'oeuvres remplis d'humour ce sont ses oeuvres, traduites en français après avoir connu un succès incroyable aux USA.

Je vous présente, si vous ne les connaissez pas déjà, Les maths en BD, La Chimie en BD et La génétique en BD! Accessibles dès dix ans, ils ont rejoint l'étagère des livres dont nous nous servons presque tous les jours pour le homeschooling.





Hop, trois nouveaux livres à ajouter à la liste des living books de sciences et de maths!

lundi 17 octobre 2016

Maths: et après la méthode Singapour?

Je sais que je suis loin d'être la seule à avoir cherché en vain de quoi prendre la relève après la fabuleuse méthode Singapour, qui malheureusement s'arrête au CM2. Mon grand homeschooler ayant une vraie passion pour les maths, la question s'est posée plus tôt que prévu. 

J'ai d'abord pensé opter pour un manuel en anglais (aux USA la méthode se poursuit bien au-delà du 5th grade/CM2). Ils sont par ici, et vous aurez l'embarras du choix. Mais l'impossibilité de les feuilleter avant de les commander me freinait un peu. Et puis la barrière de la langue restait à mes yeux un obstacle non négligeable: à dix ans, rares sont les enfants qui maîtrisent assez d'anglais pour être autonomes face à un énoncé de problème de maths. Je me suis ensuite tournée vers Sésamaths, qui semblait faire l'unanimité. Mais ici ça n'a pas pris du tout: la sixième est à un niveau plus bas que le cm2 Singapour, nous avons trouvé les explications un peu tordues et le nombre d'exercices franchement léger... Bref, nous n'avons pas été convaincus. 

J'ai fini par poser la question directement à l'auteur de la méthode Singapour, qui a eu la bonté de me conseiller le meilleur ouvrage pour prendre la relève. Je le remercie infiniment pour cette belle découverte:

Table des matières ICI
Extrait ICI (premier chapitre du niveau 5°, la division euclidienne)

Heureuse surprise: le manuel s'adresse, entre autres, "aux familles qui pratiquent l'école à la maison". 

C'est un véritable pavé: il regroupe tous les cours et tous les exercices de maths et de géométrie pour tous les niveaux du collège. Et surtout: les corrigés sont inclus. Le tout pour17,30€, c'est imbattable! Les concepts sont expliqués clairement, les enfants sont encouragés à les expérimenter eux mêmes pour les comprendre et le nombre d'exercices est assez fourni pour qu'il y ait de quoi faire. La sixième est volontairement éludée: après une primaire Singapour, les enfants enchaînent tout naturellement avec le niveau cinquième. 

Attention: le livre est en noir et blanc, sans dessins ni aucun côté ludique. Pour un manuel de maths niveau collège le "fun" me semble superflu mais pour un enfant qui a beaucoup de mal en maths ça risque d'être un peu austère. 

Ici nous travaillons avec depuis un an, avec l'aide de la Khan Academy pour présenter chaque nouveau concept, et vraiment, nous n'aurions pas pu rêver d'une meilleure relève après Singapour.